L’Arya Sabha Mauritius a soumis, le 24 janvier 2026, un document détaillé dans le cadre de la consultation nationale sur la réforme électorale. Tout en saluant l’initiative du gouvernement, l’organisation exprime de fortes réserves sur plusieurs axes clés des réformes envisagées, estimant que certaines propositions pourraient fragiliser l’équilibre démocratique et constitutionnel du pays.
- Désaccord sur l’orientation préalable de la réforme
L’Arya Sabha insiste sur le fait que la réforme électorale relève de la souveraineté du peuple, et non d’un agenda politique prédéfini. Elle critique les termes de référence (TOR) de la future Commission de révision constitutionnelle, jugés non neutres, notamment en raison de l’introduction anticipée d’« une dose de proportionnelle ». Selon elle, cela biaise le processus en orientant d’emblée les conclusions de la Commission.
2. Opposition à une réforme de la représentation parlementaire
L’un des désaccords majeurs concerne la représentation proportionnelle (PR). L’Arya Sabha estime que le système électoral mauricien actuel offre déjà un niveau suffisant d’équité à travers :
• le découpage inégal mais volontaire des circonscriptions,
• le système du Best Loser,
• les circonscriptions à trois membres,
• le vote en bloc obligatoire.
Introduire davantage de proportionnelle risquerait, selon elle, de créer des déséquilibres et de l’iniquité, plutôt que de corriger des injustices.
3. Refus de toute modification du Premier Schedule de la Constitution
L’organisation se montre fermement opposée à toute modification du Premier Schedule, notamment pour y intégrer la proportionnelle. Elle considère ce volet constitutionnel comme un pilier fondamental du système démocratique mauricien. Toute intervention serait, selon elle, une altération substantielle de la Constitution, nécessitant non seulement une majorité parlementaire qualifiée, mais possiblement un référendum national.
4. Accord limité sur la modernisation du processus électoral
Si l’Arya Sabha soutient la modernisation technique du processus électoral (registre électoral numérique, facilitation de l’inscription, technologies de vote), elle met en garde contre les risques :
• de perte de confiance du public,
• de soupçons de fraude,
• et de coûts financiers élevés. Elle préconise une coexistence temporaire entre le système numérique et le système papier.
5. Désaccord sur l’approche de la représentation des femmes
L’Arya Sabha soutient une meilleure représentation des femmes au Parlement, mais rejette toute réforme constitutionnelle à cette fin. Elle privilégie des solutions via la législation ordinaire ou la politique interne des partis, estimant que la question du genre est distincte de celle de la proportionnelle.
6. Maintien de l’obligation de déclaration communautaire
Contrairement aux critiques internationales, l’Arya Sabha défend le statu quo concernant la déclaration communautaire des candidats, considérant qu’elle est au cœur du système pluraliste mauricien et qu’elle permet l’application effective du mécanisme du Best Loser.
7. Exigence d’une consultation populaire réelle et informée
Enfin, l’organisation déplore le manque d’accès du public aux rapports historiques clés sur la réforme électorale (Banwell, Sachs, Carcassonne, Sithanen). Elle estime qu’aucune consultation crédible ne peut avoir lieu sans une information complète, et appelle à un processus participatif approfondi, voire à un référendum si les fondements constitutionnels sont touchés.
En conclusion : L’Arya Sabha ne s’oppose pas à la réforme électorale en tant que telle, mais rejette toute réforme imposée, orientée ou constitutionnellement risquée. Elle plaide pour la prudence, le respect du modèle pluraliste mauricien et une appropriation populaire du processus, avertissant que « vouloir améliorer à tout prix peut parfois affaiblir ce qui fonctionne ».
L’Arya Sabha Electoral Reform Consultancy Committee était composé de : S. B. Domah, juge à la retraite à la Cour suprême, le Dr Budaye Narain Gangoo, Arya Neta, Shri Rajnarain Guttee, General Secretary, Shri Hurrydev Ramdhony, Vice-President, Shri Subiraj Sobrun, General Manager, Me Yatindra Nath Varma, avocat, Me Sunil Ghoorah, avocat, Me Arun Kutowaroo, avocat, et Me Yaadav Damree, avocat.