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Shane: Le 30/04/2026 à 08:33 | MAJ à 30/04/2026 à 08:39
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Publié : Le 30/04/2026 à 08:33 | MAJ à 30/04/2026 à 08:39
Par : Manisha Jooty

La Commission européenne a recommandé l’ouverture de négociations avec Maurice en vue de conclure un nouvel Accord de partenariat de pêche durable (APPD), accompagné d’un protocole d’application encadrant les activités de pêche de l’Union européenne dans les eaux mauriciennes. Le protocole actuel, d’une durée de quatre ans (2022–2026), arrivera à expiration le 20 décembre 2026, rendant nécessaire la mise en place d’un nouvel accord.

Parmi les principales évolutions envisagées figurent la transformation de l’actuel Accord de partenariat de pêche (APP) en APPD, la réduction du nombre d’autorisations de pêche pour les navires européens, l’ajustement des quotas et des contributions financières, ainsi que l’amélioration des conditions de travail des marins non européens. Le renforcement du suivi des fonds de soutien sectoriel, une plus grande transparence et la possibilité d’étendre la durée du protocole à six ans sont également à l’étude.

Ces propositions s’appuient sur une évaluation qui a mis en évidence plusieurs limites du dispositif actuel : des possibilités de pêche sous-exploitées, un décalage entre les contributions financières et les captures réelles, des objectifs d’emploi pour les pêcheurs mauriciens non atteints, ainsi qu’une mise en œuvre lente et fragmentée des fonds de soutien. L’objectif du renouvellement est donc de mettre en place un accord plus équilibré et plus efficace, tout en garantissant l’accès des navires européens aux eaux mauriciennes et en soutenant l’industrie locale du thon, essentielle pour les exportations vers l’Union européenne.

Alors que ces négociations se profilent, le débat s’intensifie quant à l’impact réel de cet accord sur les communautés locales. Si, au niveau macroéconomique, le partenariat est jugé globalement bénéfique — chaque euro investi générant une valeur ajoutée significative — de nombreuses voix dénoncent une répartition inégale des retombées. En effet, les navires européens opèrent principalement au large, ce qui limite les bénéfices directs pour l’économie locale.

Les captures étant rarement débarquées à Maurice, les opportunités pour l’industrie de transformation restent restreintes. Pour les pêcheurs artisanaux, la question centrale n’est pas celle de la concurrence, mais celle de l’équité dans l’accès et l’exploitation des ressources marines nationales. Le déclin du système de distribution des prises accessoires (bycatch) illustre ce déséquilibre. Autrefois redistribuées à prix abordable sur le marché local, ces ressources sont aujourd’hui moins accessibles, certaines étant désormais contrôlées par des acteurs privés.

Dans ce contexte, la renégociation de l’accord représente une opportunité majeure pour rééquilibrer le partenariat. Une meilleure transparence, une implication accrue des pêcheurs dans la prise de décision et des investissements mieux ciblés pourraient contribuer à restaurer la confiance. Pour beaucoup, la notion de durabilité doit dépasser les seuls indicateurs économiques et environnementaux. Elle doit aussi se traduire par une amélioration concrète des conditions de vie des communautés côtières. Car, au-delà des accords et des chiffres, c’est sur le littoral que se mesure véritablement la réussite d’un tel partenariat.