L’affaire du réservoir de Cluny, marqué par de graves anomalies structurelles ayant suscité de vives inquiétudes au sein de la population, vient de connaître un nouveau développement majeur. La Central Water Authority (CWA) a procédé à la révocation de l’un de ses cadres supérieurs, à l’issue d’une enquête indépendante et d’un long processus disciplinaire.
Dans une lettre officielle datée du 16 janvier 2026, signée par le General Manager de la CWA, Shiam Krisht Thannoo, l’Autorité informe M.L, Chief Engineer, de la résiliation immédiate de son contrat de travail pour faute grave et rupture irréparable du lien de confiance.
Cette décision fait suite aux conclusions d’une enquête indépendante portant sur la construction du réservoir de service de Cluny, réalisée entre octobre 2021 et juin 2023, période durant laquelle Chief Engineer occupait un rôle clé dans la supervision du projet.
Selon la lettre de charges émise le 18 juillet 2025, et dont le Central Water Board a pris acte le 16 juillet 2025, plusieurs manquements professionnels ont été reprochés au Chief Engineer, constituant des actes jugés incompatibles avec ses obligations de loyauté et de diligence envers l’institution.
À l’issue des audiences disciplinaires tenues les 5 et 11 décembre 2025, conclues le 12 janvier 2026, le panel disciplinaire a retenu, sur la base de la prépondérance des probabilités, plusieurs chefs d’accusation, notamment :
- le défaut de supervision et de coordination effective des équipes affectées au chantier ;
- l’absence répétée aux réunions de site, traduisant un manque d’intérêt pour l’avancement des travaux et envoyant, selon la CWA, « un signal négatif » tant aux subordonnés qu’au contracteur ;
- le manque de vigilance concernant le suivi et l’analyse des résultats des tests de cubes de béton, élément pourtant central dans un ouvrage de cette envergure ;
- ainsi qu’un comportement global jugé révélateur d’une incapacité ou inaptitude à assumer pleinement les fonctions de Chief Engineer.
En revanche, certaines accusations ont été soit abandonnés, soit non poursuivis, notamment ceux liés à la conformité du ferraillage, au type exact de béton utilisé ou encore au respect du code de conception BS 8007.
Tenant compte de la gravité des manquements établis et des exigences opérationnelles de la CWA, le Conseil d’administration a estimé qu’aucune autre sanction que la révocation ne pouvait être envisagée « en toute bonne foi ».
La CWA précise que M.L. percevra son salaire jusqu’à la date de la lettre de licenciement ainsi que son bonus de fin d’année au prorata.
Pour rappel, en juillet 2025, l’ingénieur avait été suspendu de ses fonctions, sommé de remettre l’ensemble des documents, dossiers et équipements en sa possession, et interdit d’accès aux locaux de l’Autorité sans autorisation écrite.
Alors que la révocation de M.L. s’inscrit dans un cadre disciplinaire interne à la Central Water Authority (CWA), cette sanction est également prise dans un contexte de crise structurelle plus large autour du réservoir de Cluny. L’ouvrage, conçu pour renforcer l’approvisionnement en eau du Sud et inauguré en grande pompe en août 2023, s’est rapidement révélé défectueux, avec plus de 25 fissures détectées sur ses parois, au point d’être inutilisable et d’être envisagé pour démolition par les autorités en raison de risques pour sa solidité et son imperméabilisation.
Cette situation, survenue alors même que Maurice traversait une période de sécheresse, a aggravé le débat public sur la gestion des infrastructures d’eau potable et accentué les interrogations sur le suivi technique et contractuel des projets publics, illustrant les enjeux de responsabilité auxquels fait face la CWA.