La Cour suprême de Maurice a refusé, à ce stade, de rejeter l’action en dommages intentée par Gianeshwar Sooklall, alias « Kishan », qui réclame Rs 50 millions à l’État et à deux hauts responsables de la police pour arrestation et détention alléguées comme illégales remontant à 2016.
Dans un jugement interlocutoire rendu le 21 avril 2026, la juge Sulakshna Beekarry-Sunassee a estimé que la plainte du demandeur contient suffisamment d’éléments pour établir une « cause d’action ». Elle a ainsi rejeté les objections préliminaires des défendeurs, qui soutenaient que la demande était juridiquement infondée et dépourvue de faits précis.
Gianeshwar Sooklall, habitant de Quartier-Militaire, affirme avoir été arrêté le 23 janvier 2016 de manière brutale dans le cadre d’une enquête policière liée à un courriel contenant des menaces terroristes adressé au Bureau du Premier ministre. Selon la police, le message aurait été envoyé depuis un cybercafé dont il était le gérant. Il soutient avoir ensuite été détenu pendant environ dix jours, durant lesquels il évoque des mauvais traitements, des humiliations et une forte médiatisation qu’il juge avoir porté atteinte à sa réputation, le présentant comme un terroriste aux yeux du public. Son ami Ish Sookun, informaticien, avait également été arrêté dans la même affaire.
Dans sa plainte, Sooklall affirme qu’aucune preuve tangible ne justifiait son arrestation, sa détention ni son inculpation provisoire pour acte de terrorisme devant le tribunal de Curepipe. Il réclame Rs 50 millions de dommages à l’État, au Commissaire de police ainsi qu’à deux hauts gradés, estimant avoir subi de lourds préjudices personnels et professionnels.
Les défendeurs contestent la plainte, arguant qu’elle manque de précisions et qu’aucune responsabilité conjointe ne peut être retenue, la jugeant juridiquement infondée. Toutefois, la Cour suprême a estimé que les éléments avancés sont suffisants pour établir une cause d’action, notamment les allégations d’absence d’enquête sérieuse, de soupçon raisonnable et de détention arbitraire présumée.
La Cour a rappelé qu’un rejet sans audience est exceptionnel et que l’affaire doit être examinée au fond pour établir les faits. L’affaire sera appelée le 5 mai 2026 pour la fixation du calendrier du procès.