Interpellé mardi à l’Assemblée nationale par le député Khushal Lobine, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Reza Uteem, est revenu sur cette affaire qui secoue le monde du travail mauricien.
Les deux salariées d’ENSafrica (Mauritius) avaient été suspendues puis licenciées après avoir refusé d’enlever leur hijab sur leur lieu de travail. Si le Tribunal des relations de travail a jugé leur licenciement injustifié, il n’a cependant pas ordonné leur réintégration, estimant que la relation entre les employées et leur employeur était irrémédiablement rompue.
Dans son rapport publié le 8 mai 2026, l’Equal Opportunities Commission (EOC) conclut que les deux employées auraient été victimes de discrimination fondée sur leur croyance religieuse. L’EOC souligne notamment qu’aucune politique claire de laïcité n’existait au sein du cabinet juridique. Elle reproche également à l’entreprise de ne pas avoir répondu aux accusations concernant des propos jugés désobligeants envers le hijab des salariées.
La Commission rappelle par ailleurs que toute politique vestimentaire imposée par un employeur doit respecter la Constitution mauricienne ainsi que l’Equal Opportunities Act, qui interdit les discriminations basées sur la religion.
Reza Uteem a aussi pointé du doigt les contradictions d’ENSafrica. Après le rapport de l’EOC, le cabinet avait affirmé que ses employés pouvaient adopter une tenue conforme à leurs croyances religieuses. Pourtant, selon le ministre, ses représentants avaient auparavant évoqué devant le ministère un code vestimentaire appliqué depuis trente ans.
Face à cette affaire, le gouvernement envisage désormais des amendements au Workers’ Rights Act afin d’interdire explicitement les discriminations liées à l’apparence ou à la tenue religieuse. Les employeurs pourraient également être contraints d’adopter des accommodements raisonnables pour respecter les pratiques religieuses de leurs salariés.
Le ministre du Travail est allé plus loin en évoquant une possible révocation de la licence d’ENSafrica si aucun règlement à l’amiable n’est trouvé avec les deux employées dans les 45 jours accordés par l’EOC. « Un cabinet d’avocats qui pratique la discrimination ne devrait pas être autorisé à exercer à Maurice », a déclaré Reza Uteem.