Il y a des affiches qui dépassent largement le cadre du football. Lorsque l'Angleterre et l'Argentine se retrouvent en Coupe du monde, ce sont quatre décennies d'histoire, de blessures, de polémiques et d'exploits qui ressurgissent.
Ce mercredi, à près de 3 000 kilomètres de Mexico où tout a basculé en 1986, les deux géants du football mondial se retrouveront à Atlanta avec, une place en finale en jeu.
Impossible d'évoquer cette rivalité sans revenir au 22 juin 1986. Au stade Azteca de Mexico, l'Argentine affronte l'Angleterre en quart de finale, quatre ans seulement après la guerre des Malouines, conflit qui a opposé les deux pays pour la souveraineté de l'archipel de l'Atlantique Sud.
La guerre, remportée par le Royaume-Uni, avait fait plus de 900 morts, dont 649 soldats argentins et 258 militaires britanniques, laissant une profonde cicatrice des deux côtés.
Dans ce contexte chargé d'émotion, Diego Maradona entre dans la légende. À la 51e minute, il devance le gardien Peter Shilton en touchant volontairement le ballon de la main. L'arbitre valide pourtant le but.
Après la rencontre, remportée 2-1 par l'Argentine, Maradona décrira son geste comme ayant été marqué « un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu ». Une phrase qui fera entrer cette action dans l'histoire du football sous le nom de « La Main de Dieu ».
Cinq minutes plus tard, le numéro 10 argentin efface toute la défense anglaise après un slalom exceptionnel de plus de cinquante mètres pour inscrire ce qui est encore considéré comme l'un des plus beaux buts de l'histoire de la Coupe du monde. Entre génie et controverse, Maradona résume à lui seul cette rivalité hors normes.
L'Argentine poursuivra ensuite sa route jusqu'au sacre mondial, décrochant son deuxième titre après celui de 1978.
Depuis, chaque confrontation entre les deux nations ravive ces souvenirs. En 1998, David Beckham est expulsé après son geste d'humeur sur Diego Simeone et l'Argentine élimine l'Angleterre aux tirs au but.
En 2002, les Anglais prennent leur revanche grâce à un penalty de David Beckham. Plus récemment, les deux sélections se sont rarement croisées en compétition officielle, mais la charge émotionnelle est restée intacte.
Pourtant, les principaux acteurs de cette demi-finale 2026 veulent aujourd'hui tourner la page du passé.
Le sélectionneur argentin Lionel Scaloni a appelé à ne pas mélanger football et histoire. Il a rappelé que la guerre des Malouines demeure « une époque très triste » pour son pays, tout en soulignant que les joueurs actuels n'en portent aucune responsabilité.
Son homologue, Thomas Tuchel reconnaît toutefois que cette affiche ne ressemble à aucune autre. Selon lui, les joueurs sont parfaitement conscients de ce que représente cette rivalité pour les deux peuples, même si, dans la préparation du match, son staff préfère traiter cette rencontre comme une simple demi-finale afin de ne pas ajouter une pression supplémentaire.
Sur le terrain, les ingrédients promettent un spectacle de très haut niveau. L'Argentine pourra compter sur un Lionel Messi toujours décisif, soutenu par Julián Álvarez, tandis que l'Angleterre s'appuiera sur Harry Kane, Jude Bellingham et une génération qui rêve d'offrir au pays une première finale mondiale depuis 1966.
Cette fois, il ne sera plus question de guerre, ni de revanche politique. Quarante ans après la « Main de Dieu », à des milliers de kilomètres du stade Azteca, l'histoire offre un nouveau chapitre à l'une des plus grandes rivalités du football mondial. Les héros ont changé, les générations aussi, mais l'émotion, elle, demeure intacte.