À Maurice, la hausse du coût de la vie révèle les angles morts d’un système de protection sociale conçu pour une pauvreté d’un autre âge. Entre les filets de sécurité qui ne les atteignent pas et des statistiques qui ne les voient pas, des milliers de ménages s’appauvrissent en silence. La dépréciation de la roupie renforce cette fragilité.
Les repères statistiques traduisent cet écart grandissant : le seuil national de pauvreté est fixé à Rs 12 378 par mois, et un ménage de deux adultes avec deux enfants est considéré comme pauvre en dessous de Rs 14 650. À l’échelle internationale, la Banque mondiale situe ce seuil autour de Rs 950 par jour pour un pays comme Maurice.
Dans ce contexte, la dette publique, qui atteint 90,6 % du PIB, limite fortement les marges de manœuvre de l’État et rend plus complexe toute extension significative des dispositifs de soutien social.
Dans le même temps, le National Audit Office (NAO) pointe des lacunes majeures du Social Registry of Mauritius (SRM) : enregistrement limité, critères obsolètes et suivi insuffisant. Malgré plus de Rs 4,2 milliards investis, 89,9 % des ménages étudiés restent dépendants des aides. L’audit souligne toutefois des efforts engagés depuis 2025 pour améliorer le système.
Moins de 25 % des bénéficiaires de Caritas Maurice figurent sur le Social Registry of Mauritius. Patricia Adèle-Félicité estime que de nombreux ménages pauvres restent exclus du registre officiel.
Du côté des ONG, notamment SAFIRE (Service d’Accompagnement, de Formation, d’Intégration et de Réhabilitation de l’Enfant), son manager Edley Maurer déplore des milliards dépensés sans résultats concrets sur le terrain.
Le bilan des aides publiques reste mitigé. Le tarif social de l’électricité compte plus de 100 000 bénéficiaires, un chiffre qui, selon l’économiste Manisha Dookhony, reflète un ciblage insuffisant.
Il nous revient que le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, propose un système d’aides à plusieurs niveaux. Les bénéficiaires du SRM conserveront le soutien lié à la pauvreté absolue, tandis qu’un « dedicated support » sera introduit avec la National Empowerment Foundation.