Dans son discours de clôture du débat budgétaire, le Premier ministre Navin Ramgoolam a présenté le Budget 2026-2027 comme un budget de responsabilité nationale, affirmant que le pays n’avait plus le luxe de repousser les décisions difficiles. Selon lui, son gouvernement a hérité d’une économie en « soins intensifs », caractérisée par une dette publique élevée, des déficits budgétaires importants, un ralentissement des moteurs de croissance et une forte inflation.
Il affirme que son gouvernement a choisi de faire preuve de vérité plutôt que de populisme. À ses yeux, la prospérité future passe d’abord par un assainissement des finances publiques et par des réformes structurelles parfois impopulaires.
Une réforme des pensions présentée comme inévitable
Le Premier ministre consacre une large partie de son intervention à défendre la réforme de la pension universelle, sujet qui a dominé tout le débat budgétaire.
Il reconnaît que la pension représente bien plus qu’une allocation financière : elle constitue un symbole de sécurité, de dignité et de reconnaissance pour les personnes âgées. Il dit comprendre les inquiétudes exprimées par les retraités et leurs familles et affirme que le gouvernement a entendu ce message. C’est précisément pour cette raison que la proposition initiale d’introduire un « Means Test » a été abandonnée.
Toutefois, insiste-t-il, le retrait du « Means Test » ne signifie nullement que le problème de fond a disparu.
Selon lui, trois réalités demeurent :
* le vieillissement accéléré de la population ;
* la pression croissante sur les finances publiques ;
* l’obligation de réformer le système afin d’éviter son effondrement.
Le Premier ministre affirme que le véritable choix n’est pas entre réforme et confort, mais entre une réforme maîtrisée aujourd’hui ou une crise brutale demain. Sans réforme, avertit-il, l’État finirait par ne plus pouvoir financer durablement les pensions sans sacrifier d’autres secteurs essentiels comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.
Les erreurs imputées à l’ancien gouvernement
Navin Ramgoolam attribue largement la situation actuelle aux décisions prises sous le précédent gouvernement.
Il rappelle notamment qu’en 2019, l’augmentation de la Basic Retirement Pension de Rs 9 000 à Rs 13 500 avait été décidée, selon lui, sans aucune étude sérieuse de sa soutenabilité financière.
Il reproche également au gouvernement précédent d’avoir supprimé le système contributif du National Pension Fund (NPF), instauré en 1976, pour le remplacer par la Contribution Sociale Généralisée (CSG). Selon lui, cette réforme a détruit l’un des piliers historiques du système de retraite mauricien.
Plus grave encore, il affirme que les fonds collectés à travers la CSG auraient été utilisés pour financer d’autres dépenses publiques plutôt que les pensions. Il cite d’ailleurs une réponse parlementaire de 2023 où il avait été reconnu qu’il ne restait plus de réserves correspondant aux contributions versées sous la CSG.
Pour renforcer son argumentation, il rappelle que le problème de la soutenabilité des pensions ne date pas d’aujourd’hui.
Il cite notamment le Budget présenté en 2003 par Paul Bérenger qui alertait déjà sur le fait que la Basic Retirement Pension deviendrait insoutenable avec le vieillissement de la population. Il rappelle également qu’en 2016, Pravind Jugnauth lui-même s’était interrogé publiquement sur la pertinence d’accorder la pension universelle aux personnes percevant déjà des revenus très élevés.
Comment financer désormais le maintien de la pension universelle ?
Après avoir renoncé au « Means Test », le gouvernement annonce plusieurs mesures destinées à compenser le coût budgétaire supplémentaire.
Le Premier ministre détaille cinq axes principaux :
* revoir les priorités des grands projets d’investissement publics afin de préserver la croissance ;
* procéder à un examen complet des dépenses de chaque ministère en s’appuyant notamment sur les rapports de l’Audit ;
* engager une réforme en profondeur du système fiscal avec l’appui d’experts internationaux et du FMI afin d’améliorer les recettes de l’État ;
* étudier la vente de certains actifs non stratégiques de l’État ainsi que l’introduction en Bourse de certaines entreprises publiques ;
* mettre progressivement en œuvre le nouveau National Pension and Provident Fund (NPPF), avec un calendrier désormais échelonné.
Parallèlement, un comité présidé par le Premier ministre sera chargé d’identifier les gaspillages, les doublons administratifs et les inefficacités dans l’ensemble du secteur public afin de réaliser des économies sans réduire la qualité des services publics.
La croissance comme condition du redressement
Le chef du gouvernement affirme que le redressement budgétaire ne peut réussir sans relancer la croissance.
Il met en avant plusieurs piliers de sa stratégie économique :
* accélération de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle avec l’objectif de former 50 000 Mauriciens ;
* développement de l’économie bleue, de la pêche, de l’aquaculture et des biotechnologies marines ;
* soutien renforcé aux PME ;
* création d’un véritable écosystème pour les start-up ;
* mise en place de la Zone Économique Spéciale de Côte d’Or destinée à attirer des milliards de roupies d’investissements étrangers ;
* doublement des exportations de biens dans les trois prochaines années ;
* modernisation du secteur financier, du tourisme et des infrastructures nationales, avec plus de Rs 70 milliards de projets annoncés.
Selon lui, ces investissements permettront de créer une économie plus productive tout en finançant durablement le modèle social.
Les reproches adressés à l’opposition
Le Premier ministre accuse l’opposition d’avoir volontairement réduit tout le débat budgétaire à la seule question des pensions pour des raisons politiques.
Il reproche à ses adversaires de faire preuve de démagogie, de populisme et d’ignorer volontairement les réalités économiques.
Selon lui, ceux qui critiquent aujourd’hui la réforme connaissent pourtant parfaitement la gravité de la situation des finances publiques mais préfèrent défendre des intérêts électoralistes au détriment des générations futures.
Il estime que la véritable angoisse ne réside pas dans la réforme proposée mais dans le risque de voir disparaître totalement le système de pension si aucune décision courageuse n’est prise aujourd’hui.
Dans la dernière partie de son discours, il affirme qu’aucune croissance durable ne peut exister sans stabilité économique, qu’aucune justice sociale ne peut être financée sans finances publiques saines et qu’un État fort doit d’abord être un État crédible. Il appelle ainsi les Mauriciens à choisir « la responsabilité plutôt que le déni », « les réformes plutôt que l’immobilisme » et « l’avenir plutôt que la facilité ».
En conclusion, Navin Ramgoolam présente ce Budget comme un tournant destiné à inverser la spirale du déclin économique. Selon lui, il ne s’agit pas simplement d’un exercice comptable, mais d’un engagement envers les générations futures afin de leur transmettre des finances publiques assainies, une économie plus compétitive et un système social durable.