La question parlementaire de la députée Joanna Bérenger qui sera adressée ce mardi au Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, sur le comité chargé de revoir les projets d'investissement publics place le Public Sector Investment Programme (PSIP) 2026-2027 to 2030-2031 au cœur du débat. Ce document de référence, qui recense l'ensemble des projets d'infrastructures de l'État, révèle l'ampleur des engagements financiers du gouvernement, mais aussi les arbitrages qui pourraient désormais s'imposer dans un contexte de discipline budgétaire.
Le Public Sector Investment Programme (PSIP) est souvent considéré comme la feuille de route des investissements publics à Maurice. Il ne s'agit pas d'un simple catalogue de projets, mais d'un document stratégique qui planifie, sur cinq ans, les infrastructures que l'État entend financer afin de soutenir la croissance économique, renforcer la résilience du pays et moderniser les services publics. Le PSIP 2026-2027 à 2030-2031 prévoit ainsi un investissement global d'environ Rs 231 milliards, dont Rs 190,3 milliards proviennent directement du secteur public et Rs 40,9 milliards sont attendus sous forme de partenariats public-privé (PPP).
Cette enveloppe repose sur plusieurs sources de financement. Plus de la moitié des fonds, soit 53 %, proviennent du Consolidated Fund, tandis que les fonds spéciaux représentent 16 %, les entreprises publiques (SOEs) 13 % et les partenariats public-privé 18 %. Cette diversification du financement traduit la volonté du gouvernement de poursuivre les investissements tout en limitant la pression sur les finances publiques.
Des infrastructures au cœur des priorités
L'analyse sectorielle montre que les infrastructures économiques continuent d'occuper une place prépondérante. Le secteur des routes et du transport terrestre représente à lui seul Rs 41,2 milliards d'investissements programmés sur cinq ans. Viennent ensuite les projets portuaires (Rs 35,2 milliards), les infrastructures sociales (Rs 18,1 milliards), l'environnement (Rs 32,5 milliards), l'eau (Rs 18,3 milliards) ainsi que l'énergie (Rs 13 milliards).
Cette répartition confirme que les infrastructures demeurent le principal moteur de l'investissement public, devant les bâtiments administratifs ou les équipements. Le PSIP indique d'ailleurs que 54 % des dépenses concernent des travaux d'infrastructures, notamment les routes, ponts, barrages, réseaux d'eau, ports, aéroports, ouvrages de drainage et projets de protection côtière.
Le M4, un projet emblématique
C'est dans ce contexte que la question de la députée Joanna Bérenger prend tout son sens. Elle souhaite savoir si le comité présidé par le Secrétaire au Cabinet examine également le Motorway M4, ou si ce projet échappe au processus de réévaluation.
Le PSIP confirme que le M4 fait partie des projets majeurs bénéficiant d'un financement extérieur. Son calendrier financier prévoit Rs 2 milliards dès l'exercice 2026-2027, suivis de Rs 3 milliards, Rs 3,5 milliards, Rs 1,285 milliard et Rs 515 millions les années suivantes. Au total, plus de Rs 10 milliards sont programmés sur cinq ans pour cette infrastructure stratégique.
Le document classe également parmi les grands projets routiers la Ring Road Phase II, les programmes de remplacement des conduites d'eau, la construction d'une nouvelle tour de contrôle à l'aéroport SSR, ainsi que plusieurs investissements destinés aux infrastructures portuaires et aux équipements de sécurité nationale.
Des projets dans tous les secteurs
Au-delà des grands axes routiers, le PSIP couvre un éventail très large de réalisations : nouveaux hôpitaux, logements sociaux, barrages, infrastructures énergétiques, équipements numériques, marchés municipaux, projets de drainage, réhabilitation des plages, réseaux d'assainissement et initiatives d'e-Government. Le programme prévoit également la construction de milliers de logements sociaux répartis sur l'ensemble du territoire ainsi que des investissements massifs dans les énergies renouvelables avec l'objectif d'ajouter 405 MW de capacité électrique verte au réseau national.
Le véritable enjeu de la PMQT
La question parlementaire ne porte finalement pas uniquement sur le M4. Elle vise surtout à obtenir des explications sur la méthode employée par le comité de répriorisation.
Quels sont les critères retenus pour décider qu'un projet sera maintenu, reporté, réduit ou accéléré ? Les décisions reposent-elles sur l'état d'avancement des travaux, les engagements contractuels déjà signés, la disponibilité des financements extérieurs, le retour économique attendu ou encore les contraintes budgétaires ?
Le PSIP décrit un cadre rigoureux de gestion des investissements publics, avec une sélection des projets par le Public Investment Management Unit selon le Five Case Model, un suivi permanent des coûts, des délais et des risques, ainsi qu'une gouvernance renforcée des investissements publics. En revanche, le document ne prévoit aucun mécanisme spécifique de "repriorisation" des projets, ni les critères qui seraient aujourd'hui appliqués par le comité évoqué dans la PMQT.
C'est précisément cette zone d'ombre que la réponse du Premier ministre devrait permettre d'éclaircir. Au-delà de la liste des projets concernés, c'est la philosophie même des futurs arbitrages budgétaires de l'État qui sera observée de près par les élus, les opérateurs économiques et les collectivités.