Marcher sur la Lune d’ici 2030, construire une base lunaire et, plus tard, viser Mars : après trente ans de développement, la Chine se positionne comme un concurrent sérieux des États-Unis dans la conquête spatiale. Alors que la NASA prépare sa mission habitée Artemis II, la Chine poursuit son propre programme avec méthode. Lancé en 1992, le programme spatial habité chinois, Project 921, a déjà réalisé une quinzaine de missions. Depuis le premier vol de Yang Liwei en 2003, la Chine a acquis une expérience précieuse en matière de vols habités et de station orbitale.
Exclue de la Station spatiale internationale en 2011, la Chine a construit sa propre station, Tiangong (« Palais céleste »), opérationnelle depuis 2021. Elle permet aux taïkonautes de s’entraîner aux sorties dans l’espace, aux amarrages et à la recherche en gravité réduite. L’objectif de la China National Space Administration est clair : envoyer des hommes sur la Lune avant 2030. Pour cela, de nouvelles technologies sont en test. Le vaisseau Mengzhou (« Vaisseau des rêves »), prévu pour 2026, remplacera le Shenzhou et sera propulsé par la fusée géante Long March-10. Un module lunaire, Lanyue (« Saisir la Lune »), est prévu pour transporter les astronautes sur la surface entre 2028 et 2029.
La Chine veut aller plus loin : installer une base scientifique permanente, l’International Lunar Research Station (ILRS), d’ici 2035, près du pôle sud lunaire, où de la glace d’eau pourrait être exploitée. Avec la Russie, le projet prévoit même de construire des modules à partir du sol lunaire grâce à l’impression 3D, une technique testée sur Terre et à bord de Tiangong, puis sur la Lune avec la mission Chang’e-8. Officiellement, la Chine ne parle pas de « course à la Lune ». Pourtant, une base lunaire chinoise serait un défi pour les ambitions américaines, les zones exploitables autour du pôle sud étant limitées. Aujourd’hui, les États-Unis conservent une avance technologique avec Orion et Dragon, mais d’ici 2030, la Chine pourrait rapidement rattraper son retard. Au-delà de la Lune, la planète rouge est déjà dans les plans chinois. Après 2040, la base lunaire servira à tester les technologies et à préparer un futur voyage habité vers Mars. La Chine se projette donc bien au-delà de la Lune, avec une stratégie claire et ambitieuse.