Une vive controverse politique agite l’Assemblée nationale, opposant le Chief Whip de l’opposition, Adrien Duval, au leader du Mouvement Militant Mauricien (MMM), Paul Bérenger. Au cœur du différend : la réorganisation des sièges de trois députés du MMM — Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall — et leur statut au sein de l’hémicycle.
Dans une lettre adressée à la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, hier, Adrien Duval dénonce ce qu’il qualifie de « non-sens démocratique ». Il conteste fermement l’idée que ces élus, membres d’un parti faisant partie du gouvernement, puissent siéger autrement que sur les bancs de la majorité. Selon lui, permettre à un même parti d’occuper à la fois des positions du côté gouvernemental et de l’opposition serait contraire aux principes fondamentaux du système parlementaire inspiré de Westminster.
Le député du PMSD met en garde contre les conséquences d’un tel précédent, évoquant un risque de confusion des rôles, un affaiblissement de la responsabilité collective et, à terme, une possible crise institutionnelle. « Comment un même parti pourrait-il siéger à la fois du côté du gouvernement et de l’opposition ? », s’interroge-t-il, estimant qu’une telle configuration serait « constitutionnellement intenable ». Il appelle ainsi à une clarification nette : soit les députés concernés quittent le MMM pour siéger dans l’opposition ou comme indépendants, soit ils restent sur les bancs du gouvernement en cohérence avec leur appartenance politique.
En réponse, Paul Bérenger a tenu à clarifier la position du MMM dans une correspondance également adressée à la Speaker, hier en fin d’après-midi. Il rejette catégoriquement l’interprétation avancée par l’opposition, affirmant que ni lui ni ses deux collègues du MMM, n’ont quitté ou été exclus du parti. « Nous demeurons pleinement membres du MMM », insiste-t-il.
Contrairement aux accusations formulées, les trois députés ne souhaitent pas siéger sur les bancs de l’opposition. Leur demande porte sur une installation en tant que « backbenchers » sur les bancs du gouvernement, une disposition qu’ils considèrent conforme aux pratiques parlementaires. Selon Paul Bérenger, il est courant que certains élus de la majorité occupent des positions en retrait pour des raisons stratégiques ou politiques, sans que cela ne remette en cause leur statut.
Le leader du MMM souligne également le caractère temporaire de cette démarche. Le parti n’a pas encore arrêté de position définitive concernant sa participation au sein du gouvernement, et cette configuration reflète, selon lui, une « réalité politique transitoire ». Il appelle ainsi à éviter toute décision précipitée qui pourrait figer une situation encore évolutive.
Paul Bérenger conteste par ailleurs la légitimité de l’opposition à intervenir dans cette question, estimant que l’organisation interne des membres de la majorité ne relève pas de sa compétence. Il affirme que le repositionnement physique des députés dans l’hémicycle n’a aucune incidence sur les mécanismes disciplinaires ou structurels du gouvernement.
Face à l’escalade de la controverse, les trois députés concernés ont finalement annoncé qu’ils ne participeront pas à la séance parlementaire de ce mardi 7 avril, afin d’éviter d’envenimer davantage la situation dans l’attente d’une clarification politique.