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Shane: Le 12/02/2026 à 09:05 | MAJ à 12/02/2026 à 09:11
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Publié : Le 12/02/2026 à 09:05 | MAJ à 12/02/2026 à 09:11
Par : Dooshina Appigadu

Les grandes réformes hydriques engagées à Rodrigues sont aujourd’hui suspendues à une décision financière. En cause : l’absence de décaissement de la Mauritius Investment Corporation (MIC), malgré un accord de prêt de Rs 540 millions signé en décembre 2023 avec la Rodrigues Public Utilities Corporation (RPUC), dans le cadre de l’enveloppe d’un milliard de roupies annoncée dans le Budget 2021-2022.

Depuis le 12 septembre 2025, la Rodrigues Public Utilities Corporation (RPUC), attend le déblocage d’une quatrième tranche de Rs 130 millions. Une demande formelle restée, à ce jour, sans réponse concrète. Ce silence pèse lourdement sur le terrain : des entrepreneurs attendent leurs paiements, certains chantiers avancent au ralenti, d’autres sont suspendus, tandis que des projets dont les appels d’offres sont déjà finalisés ne peuvent démarrer faute de liquidités.

Les trois premières tranches de Rs 60 millions chacune avaient pourtant été débloquées, non sans délais :

1ère tranche (soumise le 10 février 2024) décaissée le 28 février 2024 ;

2e tranche (soumise le 22 avril 2024) décaissée le 12 juillet 2024 ;

3e tranche (soumise le 23 décembre 2024) décaissée le 25 août 2025.

Mais depuis septembre 2025, la quatrième tranche de Rs 130 millions demeure en suspens, mettant en péril l’équilibre financier des travaux en cours.

Ironie de la situation : plusieurs projets structurants de la Phase I (Rs 540 millions) affichent un taux d’avancement élevé.

Parmi eux :

Deux réservoirs circulaires de 1 000 m³ à Pointe Coton, complétés à 98 % ;

Le bâtiment de 1 045 m² destiné à l’usine de dessalement, achevé à 94 % ;

Trois unités containerisées de dessalement de 350 m³/jour, déjà opérationnelles ;

Les forages et opérations d’airlifting, complétés.

D’autres projets stratégiques progressent plus lentement :

L’usine de dessalement de 3 000 m³/jour à Pointe Coton n’est qu’à 10 % ;

Le réseau primaire entre Pointe Coton et Petit Brûlé avance à 30 % ;

Les travaux électromécaniques ont été attribués ;

Les salles de pompes et transformateurs à Montagne Piquant sont en phase d’excavation ;

L’extension du réseau du CEB vers l’usine de dessalement a été accordée.

Autant d’investissements destinés à rompre avec une vulnérabilité hydrique historique.

La problématique de l’eau à Rodrigues n’est pas conjoncturelle. Elle est chronique. Pluviométrie irrégulière, sécheresses prolongées, impacts croissants du changement climatique : l’île subit depuis des décennies une pression constante sur ses ressources hydriques.

Les capacités de stockages limités, les pertes techniques et la dépendance aux conditions climatiques ont rendu le système fragile face à une population en croissance et une économie en mutation.

C’est précisément pour corriger ces faiblesses qu’un ambitieux programme de modernisation a été lancé en mars 2022 : sécurisation des ressources, augmentation des capacités de stockage, modernisation des réseaux et renforcement de la résilience.

La deuxième phase du programme, dotée de Rs 460 millions sur l’enveloppe globale d’un milliard, a été finalisée lors d’un Steering Committee le 22 janvier 2026. La liste des projets a été approuvée par le Conseil exécutif le 29 janvier 2026 et transmise aux consultants pour études détaillées et préparation des dossiers d’appel d’offres.

Mais sans clarification sur les décaissements en cours, la concrétisation de cette nouvelle phase pourrait elle aussi être compromise.

Le blocage actuel soulève des interrogations majeures sur la gouvernance et le respect des engagements financiers. Rodrigues, déjà confrontée à des contraintes structurelles et climatiques, ne peut porter seule le poids de retards qui ne relèvent pas de sa responsabilité directe.

Alors que l’eau demeure une question de sécurité et de développement durable pour l’île, la balle est désormais dans le camp de la MIC. Sans déblocage rapide des fonds, c’est toute la stratégie hydrique de Rodrigues qui risque de se retrouver à sec.