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Keshinee: Le 19/05/2026 à 10:55 | MAJ à 19/05/2026 à 15:38
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Décès-de-la-magistrate-Varsha-Biefun-Doorga
Publié : Le 19/05/2026 à 10:55 | MAJ à 19/05/2026 à 15:38
Par : La Redaction

Une bataille judiciaire et éthique autour d’un dossier de négligence médicale présumée secoue actuellement le Medical Council of Mauritius. Nalini Biefun, mère de la magistrate Varsha Devi Biefun-Doorga décédée en juillet 2024 après une opération de liposuccion, a saisi la Cour suprême pour demander une révision judiciaire de la décision prise par le Medical Council à l’encontre du chirurgien plasticien Dr Nishan Moheeputh.

Dans son application déposée devant la juge siégeant en Chambers, Nalini Biefun, estime que la sanction infligée au Dr Nishan Moheeputh, soit une « severe reprimand » accompagnée d’une suspension temporaire de trois mois,  est largement insuffisante compte tenu de la gravité des faits retenus par le tribunal disciplinaire médical.

Au cœur de cette affaire : le décès de Varsha Devi Biefun-Doorga, magistrate âgée de 43 ans, morte le 23 juillet 2024 à la suite de complications survenues après une liposuccion pratiquée deux jours plus tôt dans une clinique privée de Grand-Baie. Les documents versés devant la Cour suprême indiquent que l’autopsie a conclu à une septicémie consécutive à une perforation intestinale.

Selon l’affidavit de Nalini Biefun, sa fille avait subi cette intervention après avoir été encouragée à le faire par le médecin concerné. La mère décrit une dégradation rapide de l’état de santé de la victime après l’opération : douleurs abdominales persistantes, faiblesse généralisée, incapacité à s’alimenter correctement et aggravation progressive jusqu’à son décès.

Le dossier révèle également que le Medical Council avait ouvert une enquête après la plainte formelle déposée par la famille. Un tribunal disciplinaire, présidé par l’ancienne juge Manjusha Jugessur-Manna et assisté de deux médecins, a finalement conclu à une faute de « gross medical negligence » contre le Dr Moheeputh.

Cependant, c’est précisément la nature de la sanction qui est aujourd’hui contestée devant la justice. Dans sa demande de judicial review, Nalini Biefun soutient que le Medical Council aurait fait preuve d’une indulgence excessive envers le praticien. Elle affirme notamment que le Council aurait considéré à tort qu’il ne pouvait légalement suspendre le médecin au-delà de trois mois, alors que, selon elle, les dispositions de la loi permettraient également une radiation du registre médical dans des circonstances aussi graves.

La plaignante invoque aussi plusieurs principes fondamentaux du droit administratif, notamment l’irrationalité de la décision, la disproportion de la sanction et un manque de transparence procédurale.

Dans les documents produits devant la Cour, les avocats de Nalini Biefun soutiennent que cette opacité nuit non seulement aux droits de la famille de la victime, mais également à l’intérêt public. Ils estiment qu’un professionnel reconnu coupable de « gross medical negligence » ayant entraîné une perte de vie humaine ne devrait pas pouvoir reprendre rapidement ses activités sans que des explications complètes ne soient fournies au public.

L’affaire a d’ailleurs connu un important retentissement médiatique. En avril 2026, le Medical Council avait publié un communiqué officiel confirmant que le tribunal disciplinaire avait retenu trois accusations contre le praticien, dont la principale concernait précisément cette négligence médicale grave lors de la liposuccion ayant conduit au décès de la patiente. Le communiqué précisait également que le médecin avait été suspendu pour trois mois avec une « severe reprimand ».

Nalini Biefun considère toutefois que cette communication publique soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Elle affirme que le communiqué laisse entendre que le Council aurait voulu imposer une sanction plus sévère, mais se serait estimé limité par les dispositions légales. C’est précisément cette interprétation que la Cour suprême est désormais appelée à examiner.

Les transcriptions de l’audition de Nalini Biefun devant le comité d’enquête du Medical Council dressent un tableau particulièrement poignant des derniers jours de la magistrate. La mère raconte que sa fille se plaignait continuellement de douleurs après l’opération et qu’elle semblait souffrir intensément malgré les assurances données par le praticien. Elle évoque aussi plusieurs échanges téléphoniques avec le médecin ainsi que des difficultés rencontrées avant que la victime ne soit finalement transportée à la clinique dans un état critique.

Dans sa demande devant la Cour suprême, Nalini Biefun réclame notamment une déclaration selon laquelle la décision du Medical Council serait illégale, déraisonnable et disproportionnée. Elle demande aussi que les dossiers et éléments ayant conduit à cette décision soient produits devant la Cour afin qu’un nouvel examen puisse être effectué.

La Cour suprême devra désormais déterminer si cette affaire soulève effectivement des questions suffisamment sérieuses pour autoriser une révision judiciaire complète de la décision du Medical Council.