Le monde arabe perd l’un de ses architectes modernes. Le Qatar est en deuil : l'Émir père, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, s’est éteint à l’âge de 74 ans. Celui qui a transformé un émirat marginal en une puissance diplomatique et financière mondiale laisse derrière lui un héritage immense et complexe.
Le communiqué officiel est tombé ce dimanche, plongeant le pays dans un recueillement national. Drapeaux en berne et institutions fermées : le Qatar rend hommage à celui qui aura marqué l’histoire de la péninsule. Une cérémonie s'est tenue à la grande mosquée de Doha, avant que l'ancien souverain ne soit conduit à sa dernière demeure, au cimetière de Lusail.
Il faut se souvenir du Qatar de 1995 : un petit État aux caisses vides, dont Cheikh Hamad prend les rênes après une révolution de palais sans effusion de sang. En moins de deux décennies, il a imposé une transformation fulgurante. Son arme ? Le gaz naturel liquéfié, propulsant le pays parmi les leaders mondiaux du secteur. Mais surtout, une vision : faire du Qatar un hub incontournable, notamment avec la création du fonds souverain Qatar Investment Authority et le lancement de la chaîne Al Jazeera, véritable caisse de résonance médiatique sur la scène internationale.
Stratège, il a su jouer sur tous les tableaux : allié solide des États-Unis, tout en se positionnant comme un médiateur incontournable dans les crises régionales. C'est également sous son règne que le Qatar a décroché, en 2010, l’organisation du Mondial de football, un sommet de son "soft power". En 2013, il créait l’impensable dans la région en abdiquant volontairement au profit de son fils, l’actuel Émir Cheikh Tamim.
La portée de l'homme se mesure aux hommages qui affluent : de Londres à Rome, en passant par Istanbul, Le Caire et les capitales du Golfe, les dirigeants mondiaux saluent la mémoire d’un bâtisseur. Un hommage qui dépasse les clivages, puisque des acteurs aussi opposés que le Hezbollah, le Hamas ou les autorités iraniennes ont tenu à exprimer leurs condoléances, soulignant la complexité du réseau diplomatique tissé par le défunt.
Cheikh Hamad laisse un Qatar métamorphosé. Si l’homme s’était fait discret après son retrait des affaires, son empreinte, elle, reste gravée dans le paysage moderne de la péninsule arabique.