Le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a dressé un tableau préoccupant de l’état des finances publiques du pays lors de sa réponse à l’Assemblée nationale. Le chef du gouvernement a notamment attribué la forte progression de la dette publique à la gestion de l’ancien gouvernement, tout en avertissant que la situation pourrait encore se détériorer sous l’effet des tensions géopolitiques internationales.
Selon le Premier ministre, le ratio dette publique/PIB s’élevait à 58,8 % à la fin de l’année 2014, soit sous le plafond légal de 60 % alors en vigueur. Il affirme toutefois que la dette a fortement augmenté sous le précédent gouvernement pour atteindre 87,7 % du PIB en décembre 2024.
En termes absolus, la dette du secteur public serait passée de Rs 238 milliards en 2014 à Rs 608,2 milliards en décembre 2024, soit une hausse de Rs 370 milliards.
Navin Ramgoolam a également vivement critiqué l’ancienne administration, l’accusant d’avoir suspendu le plafond légal de la dette avant de relever cette limite à 80 % du PIB, un seuil qui aurait malgré tout été dépassé.
Le Premier ministre a indiqué que la dette du secteur public est estimée à Rs 675,4 milliards à fin mars 2026, contre Rs 661,1 milliards à fin décembre 2025, soit une hausse de Rs 14,3 milliards en l’espace de trois mois.
Cette augmentation s’expliquerait principalement par un déficit entre les dépenses et les revenus de l’État au cours du trimestre janvier-mars 2026. Les dépenses gouvernementales ont atteint Rs 56 milliards, contre Rs 46 milliards de recettes.
Parmi les principaux postes de dépenses évoqués figurent le paiement de la compensation salariale ainsi que les pensions de base.
Le chef du gouvernement a aussi souligné la hausse de l’endettement de certaines entreprises publiques, notamment le CEB et la STC, qui ont eu recours à des facilités de découvert bancaire accrues afin de faire face à la montée des prix internationaux du pétrole et à des besoins plus importants en devises étrangères, dans un contexte marqué par le conflit au Moyen-Orient.
Navin Ramgoolam estime par ailleurs que la dette publique pourrait dépasser les prévisions établies pour l’exercice financier 2025-2026.
Il cite plusieurs facteurs de risque, notamment :
• un manque à gagner estimé à Rs 10 milliards en raison du retard dans la ratification du traité des Chagos ;
• un ralentissement attendu de la croissance économique lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient ;
• une baisse des recettes fiscales attribuée à un ralentissement de la consommation et à la faiblesse relative du dollar, affectant les recettes de TVA ;
• certains ajustements budgétaires visant à protéger les catégories les plus vulnérables et à soutenir l’investissement.
Face à cette situation, le gouvernement compte financer ses besoins d’emprunt supplémentaires principalement à travers l’émission de titres gouvernementaux.
Le Premier ministre a également réaffirmé son engagement à réduire le déficit budgétaire et à remettre la dette publique sur une trajectoire plus soutenable.
Dans cette optique, il a annoncé l’introduction prochaine d’une « Fiscal Responsibility Act », destinée à renforcer la discipline budgétaire, la transparence et la gouvernance des finances publiques.