Le couperet est passé tout près. Alors qu’une taxe punitive de 50 % sur 20 milliards de dollars d’importations canadiennes devait entrer en vigueur ce mercredi, Donald Trump a annoncé, in extremis, la suspension des hostilités. Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, le locataire de la Maison-Blanche a confirmé la conclusion d’un accord de dernière minute avec Ottawa, sous réserve de formalités administratives.
Ce dénouement, fruit d’intenses échanges téléphoniques entre le président américain et le Premier ministre canadien Mark Carney, offre un répit salutaire à deux voisins dont les relations, traditionnellement fluides, se sont largement dégradées sous l’actuelle administration républicaine.
Si les tarifs douaniers avaient été appliqués, ils auraient frappé une vaste gamme de marchandises, des produits manufacturés aux articles de sport. Mais au-delà de l’impact économique, c’est l’escalade politique qui était redoutée : Ottawa avait d’ores et déjà préparé des mesures de rétorsion.
Pour l’administration américaine, maintenir ces taxes aurait représenté un pari risqué. À l’approche des élections législatives de novembre, alourdir encore le coût de la vie pour les consommateurs américains — qui finissent toujours par payer la note des droits de douane via l’inflation — aurait pu coûter cher au camp républicain.
Cette menace tarifaire s’inscrivait dans une stratégie beaucoup plus vaste. Faisant des droits de douane le pilier de son second mandat, Donald Trump a exhumé une mesure oubliée : l’article 338 de la loi tarifaire de 1930.
Ce texte, hérité de l’époque de la Grande Dépression — une période tristement célèbre pour avoir paralysé les échanges mondiaux et aggravé la crise économique — confère au président des pouvoirs quasi illimités pour imposer des taxes massives sur les pays jugés discriminatoires envers les entreprises américaines, et ce, sans aucune enquête préalable.
Alors que la Cour suprême avait déjà mis un coup d’arrêt aux précédentes velléités protectionnistes du président plus tôt cette année, cette nouvelle tentative illustre la détermination de Washington à renverser les règles du commerce mondial, quitte à fragiliser ses alliés les plus proches.