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Keshinee: Le 23/02/2026 à 08:21 | MAJ à 23/02/2026 à 08:45
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CHIEN ET CHAT
Publié : Le 23/02/2026 à 08:21 | MAJ à 23/02/2026 à 08:45
Par : La Redaction

À Maurice, derrière les plages de carte postale et les couchers de soleil dorés, se cache une autre réalité. Une réalité que l’on préfère souvent ignorer. Celle des chiens et des chats errants, silhouettes maigres et craintives qui arpentent nos rues, nos villages, nos quartiers résidentiels. Des êtres vivants qui respirent, qui ressentent la faim, la peur, la douleur… mais qui n’ont pas de voix.

Alors que les ONG et les défenseurs des droits des animaux tirent la sonnette d’alarme depuis des années, la situation ne fait que se détériorer. Les chiffres officiels manquent, les statistiques se perdent, mais sur le terrain, la souffrance est bien réelle. Elle se voit dans les côtes saillantes d’un chien abandonné. Elle s’entend dans les gémissements d’un chiot battu. Elle se devine dans le silence lourd d’un animal empoisonné.

Samedi, une marche silencieuse a traversé les rues de la capitale. Silencieuse, oui…mais lourde de sens. Une marche symbolique pour porter, dans le silence, la voix de ceux qui n’en ont pas. Des citoyens, des familles, des bénévoles, unis non par la colère, mais par la compassion. Une mobilisation qui se voulait un appel à la dignité, à l’humanité, à l’unité nationale face à un fléau qui nous concerne tous.

Dans la nuit du vendredi 20 février 2026, la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) a été alertée par un habitant de Triolet concernant un cas présumé d’empoisonnement. Deux chiens ont succombé. Trois autres ont été transportés en urgence chez un vétérinaire privé pour recevoir des soins. Les corps des chiens décédés ont été transférés à la Division vétérinaire, à Réduit, pour une nécropsie. Encore une enquête. Encore des vies fauchées dans l’indifférence nocturne.

La MSAW rappelle que seule la police est habilitée à mener l’enquête et à engager des poursuites. Elle rappelle aussi que la maltraitance animale est un crime, puni par la loi : jusqu’à Rs 500 000 d’amende et 10 ans d’emprisonnement selon l’Animal Welfare Act.

Mais la question demeure : combien de condamnations effectives ? Combien de dossiers classés ? Combien de cas oubliés ?

Depuis des années, les signalements s’accumulent : empoisonnements massifs, abandons sur les plages ou en pleine nature, chiens battus, chiots jetés dans des sacs en plastique. Et pourtant, les seules victimes constantes sont les animaux. Ceux qui n’ont ni avocat, ni tribune, ni pouvoir de pression.

Ce fléau n’est pas seulement une question animale. Il est le reflet de notre société. Une société qui se mesure aussi à la manière dont elle traite les plus vulnérables. La cruauté envers un animal n’est jamais un acte anodin. Elle révèle une fracture morale. Elle expose une banalisation de la violence.

Les dirigeants ne peuvent plus détourner le regard. Il ne suffit pas de rappeler la loi ; il faut l’appliquer avec fermeté. Il ne suffit pas de réagir après chaque drame ; il faut mettre en place une politique nationale cohérente : campagnes massives de stérilisation, éducation dès le plus jeune âge au respect du vivant, renforcement des contrôles, poursuites systématiques contre les auteurs d’actes barbares.

Car chaque chien empoisonné est un échec collectif.

Chaque chat abandonné est une responsabilité partagée.

À ceux qui gouvernent : écoutez ce silence. Il est assourdissant. Il porte la souffrance de milliers d’animaux qui dépendent entièrement de notre humanité.

À la population : la compassion n’est pas une faiblesse. Elle est le socle d’une nation civilisée.

Maurice mérite d’être connue pour sa beauté, pas pour sa cruauté.

Et ces animaux, qui vivent parmi nous, méritent mieux que la peur, la faim et la mort dans l’indifférence.

Ils n’ont pas de voix.

Alors parlons. Agissons.

Maintenant.