Le grand jeu diplomatique reprend entre Washington et Pyongyang. Alors que Donald Trump vient de confirmer qu'il s'apprêtait à retrouver le dirigeant nord-coréen pour un nouveau sommet d'ici la fin de l'année, les manœuvres militaires conjointes menées avec la Corée du Sud ont été abruptement écourtées à la demande expresse de la Maison Blanche, semant la stupeur chez son allié de Séoul.
C'est lors d'une visite improvisée des chantiers présidentiels que le locataire de la Maison Blanche a lâché la petite phrase. Interrogé sur la perspective d'une quatrième entrevue avec Kim Jong-un, le président américain a balayé les doutes d'un simple : « Oui, je le rencontrerai ». Une rencontre au sommet qui pourrait se concrétiser dès le mois de novembre en marge de l'Apec en Chine, ressuscitant cette relation privilégiée dont le républicain s'est toujours enorgueilli.
Ce rapprochement s'accompagne d'un signal fort adressé au régime ermite : la réduction de six jours de l'exercice militaire conjoint Ulchi Freedom Shield avec la Corée du Sud, initialement prévu jusqu'au 27 août pour s'achever finalement dès ce vendredi. Pour justifier cette décision qualifiée d'inhabituelle par les autorités militaires sud-coréennes, Donald Trump a qualifié ces entraînements de « très insultants » envers un dirigeant qui, selon lui, s'est « très bien conduit ». Une volte-face qui a pris Séoul totalement de court, le ministère des Affaires étrangères ayant admis n'avoir reçu aucun avertissement préalable.
Du côté de Pyongyang, la réaction ne s'est pas fait attendre, habillée d'un curieux mélange d'indifférence et de fermeté. Kim Yo-jong, la puissante sœur du dirigeant nord-coréen, a affirmé par communiqué n'être « pas du tout au courant » de communications directes, tout en jugeant la décision américaine « dénuée d'intérêt ». Reste que ces manœuvres étaient dénoncées par l'agence officielle nord-coréenne comme la menace la plus immédiate pesant sur le pays, toujours techniquement en guerre depuis l'armistice de 1953.
En parallèle, le président américain a livré une estimation pour le moins pointue et inédite de l'arsenal atomique de son futur hôte, affirmant que la Corée du Nord détiendrait exactement « 57 armes nucléaires ». Une évaluation que le ministère sud-coréen de la Défense a, de son côté, rehaussée devant le Parlement en évaluant ce stock entre 80 et 120 têtes.
Alors que Washington maintient un contingent de 28 500 soldats sur le sol sud-coréen, ce nouveau coup de balancier géopolitique pourrait bien rebattre les cartes dans la péninsule. Pour de nombreux observateurs, cette suspension partielle des exercices répond précisément à l'une des conditions sine qua non posées par le régime nord-coréen pour renouer le dialogue, ouvrant la voie à une nouvelle séquence de haute voltige diplomatique.