Interpellé au Parlement ce mardi 24 mars 2026 par le député de Flacq-Bon Accueil, Raviraj Sinha Beechook, sur les conséquences d’une éventuelle dégradation de la note souveraine de Maurice par Moody’s en catégorie spéculative (« junk »), le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a assuré que des analyses approfondies ont bien été menées pour anticiper un tel scénario.
Dans sa réponse, le chef du gouvernement a dressé un tableau critique de la gestion économique de l’ancienne administration, estimant que celle-ci a conduit le pays « dangereusement proche » du statut de catégorie spéculative. Il a rappelé qu’en 2012, Maurice bénéficiait d’une amélioration de sa notation, passant de Baa2 à Baa1 avec perspective stable, grâce à une gestion jugée prudente des finances publiques.
Selon le Premier ministre, la situation s’est progressivement détériorée à partir de 2020. Moody’s a ainsi procédé à une série de révisions défavorables : changement de perspective à négative en avril 2020, puis dégradations successives en 2021 et 2022, avant une nouvelle perspective négative en janvier 2025, plaçant le pays au seuil de la catégorie non-investment grade.
Face à ce risque, le gouvernement affirme avoir pris des mesures correctives. Une délégation de haut niveau a été dépêchée à Londres pour rencontrer Moody’s et présenter un plan de consolidation budgétaire, incluant notamment une réforme du système de pension jugé insoutenable par les institutions internationales. Ces démarches auraient permis d’éviter une dégradation supplémentaire.
Le Premier ministre a insisté sur les conséquences potentiellement « profondes » d’un passage en catégorie spéculative. Parmi celles-ci : une baisse de la confiance des investisseurs, un ralentissement des investissements étrangers, des sorties de capitaux, ainsi qu’une dépréciation de la roupie entraînant une hausse de l’inflation.
Une telle situation aurait également affecté le secteur bancaire et le coût du crédit, rendant les emprunts plus onéreux pour l’État comme pour les entreprises. Le chef du gouvernement a également mis en garde contre un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages, en raison de la hausse des prix liée à la faiblesse de la monnaie nationale.
Afin d’anticiper ces risques, le comité de coordination macroéconomique, réunissant plusieurs institutions clés dont le ministère des Finances et la Banque de Maurice, effectue régulièrement des analyses de scénarios et des tests de résistance.
Par ailleurs, le Premier ministre a évoqué la notation attribuée par Standard & Poor’s, qui maintient Maurice à BBB avec perspective négative, soit également le seuil inférieur de la catégorie investissement. Il a précisé que le contrat avec cette agence n’a pas été renouvelé en mars 2026, le gouvernement n’envisageant pas, à court terme, de recourir aux marchés internationaux de la dette.
Enfin, le gouvernement met en avant ses efforts en matière de discipline budgétaire et de transparence, notamment l’adhésion aux normes SDDS Plus du FMI — une première en Afrique — ainsi que l’assistance technique obtenue pour renforcer le cadre de responsabilité budgétaire.
Le Premier ministre a conclu en affirmant que l’exécutif poursuivra son programme de consolidation budgétaire afin de réduire le déficit et la dette publique, tout en relançant la croissance économique dans une optique de partage des bénéfices à l’ensemble de la population.