Neuf ans après son ultime naufrage commercial, la franchise aux 4,5 milliards de dollars refait surface. Entre arlésienne hollywoodienne et virage stratégique risqué, la saga aux sept mers s'apprête à lever l'ancre sous de nouveaux auspices. Mais à force de louvoyer entre nostalgie et renouvellement, la firme aux grandes oreilles risque bien de finir sur les récifs.
Depuis la sortie de La Vengeance de Salazar en 2017, le sixième volet ressemble à un serpent de mer médiatique. Entre les tempêtes judiciaires de Johnny Depp et un cinquième opus au box-office jugé décevant, s'élevant à 795 millions de dollars, un plancher pour la marque, Disney a longtemps cherché son cap. L'idée initiale consistait en un grand nettoyage par le vide, disant adieu au capitaine Jack Sparrow pour accueillir la folie furieuse de Margot Robbie, pressentie afin d'incarner un pendant féminin survitaminé. Ce choix pragmatique émanait d'un studio désireux de s'affranchir d'un acteur principal devenu politiquement encombrant, tout en pariant sur une valeur sûre du box-office.
Lors de la dernière grand-messe D23, le producteur historique de la franchise, Jerry Bruckheimer, a enfin brisé le silence au micro de Deadline en confirmant que le projet avançait, que le scénario s'écrivait, et que les pourparlers avec Johnny Depp étaient bel et bien d'actualité. Cependant, il convient de se méfier du piège tendu. Des sources concordantes l'affirment : si l'icône historique rempile, ce sera dans la peau d'un simple personnage secondaire. Disney cherche à la fois à éteindre l'incendie des fans puristes et à purger son passé en reléguant Sparrow au second plan au profit de Margot Robbie.
"Disney veut à la fois éteindre l'incendie des fans puristes et purger son passé en reléguant Sparrow au second plan au profit de Margot Robbie."
En voulant jouer sur tous les tableaux, la production avance sur une ligne de crête extrêmement périlleuse. Utiliser l'aura monumentale de Jack Sparrow comme simple produit d'appel marketing pour propulser une nouvelle tête d'affiche pourrait bien se retourner contre eux. D'un côté, reléguer le pirate le plus célèbre du cinéma au rang de faire-valoir risque de provoquer la colère noire des irréductibles spectateurs. De l'autre, la force magnétique de Sparrow menace de vampiriser complètement le personnage de Margot Robbie, qui se retrouverait lestée d'un partenaire beaucoup trop encombrant.
Entre calculs de comptables et flou artistique persistant, Pirates des Caraïbes 6 navigue dangereusement sans capitaine à la barre. Le public suivra-t-il ce nouveau voyage en eaux troubles ? A suivre ….