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Shane: Le 16/07/2026 à 11:41 | MAJ à 16/07/2026 à 11:47
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Publié : Le 16/07/2026 à 11:41 | MAJ à 16/07/2026 à 11:47
Par : Vanessa Mathews Saramandif

L'imagination n'est peut-être plus le privilège de l'être humain. Une étude menée par des chercheurs de l'université Johns Hopkins révèle qu'un bonobo a démontré une étonnante capacité à manipuler des situations fictives. Une découverte qui pourrait profondément modifier notre compréhension de l'intelligence animale.

Publiés dans la prestigieuse revue Science, les travaux montrent que Kanzi, un bonobo aujourd'hui décédé, était capable de raisonner à partir d'objets qui n'existaient que dans son esprit. Selon les scientifiques, c'est la première preuve expérimentale de cette faculté chez un animal non humain.

Cette avancée laisse penser que les bases neurologiques de l'imagination seraient bien plus anciennes qu'on ne le croyait. Elles pourraient remonter à un ancêtre commun aux humains et aux grands singes, il y a entre six et neuf millions d'années.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont soumis Kanzi à plusieurs expériences. Face à deux gobelets transparents parfaitement vides, un expérimentateur faisait semblant d'y verser du jus avant d'en vider un. Interrogé sur l'emplacement du liquide, le bonobo désignait, dans la majorité des cas, le récipient censé contenir encore le jus imaginaire, malgré l'absence de tout liquide visible.

Les scientifiques ont ensuite compliqué le test. Un gobelet contenait cette fois du vrai jus, tandis que l'autre ne renfermait qu'un jus fictif. Kanzi a choisi la boisson réelle dans près de huit cas sur dix, démontrant qu'il savait faire la différence entre ce qui existait réellement et ce qui relevait uniquement de l'imagination. Une expérience similaire menée avec des raisins a confirmé cette capacité.

Élevé en captivité au sein du centre de recherche Ape Initiative, dans l'Iowa, Kanzi maîtrisait plus de 300 lexigrammes, des symboles associés à des mots, et comprenait de nombreuses consignes en anglais. Son parcours exceptionnel lui permettait de participer à des expériences cognitives particulièrement élaborées.

Pour Christopher Krupenye, coauteur de l'étude, cette découverte remet en question une idée longtemps considérée comme acquise : celle selon laquelle seule l'espèce humaine serait capable d'imaginer des situations qui n'existent pas. Selon lui, la vie mentale des grands singes est bien plus riche et complexe qu'on ne l'imaginait.

Si certains spécialistes saluent une avancée majeure dans l'étude de la cognition animale, d'autres restent prudents. Quelques chercheurs estiment que Kanzi aurait pu être guidé par des indices involontaires laissés par l'expérimentateur plutôt que par une véritable représentation mentale.

Décédé en mars 2025 à l'âge de 44 ans, Kanzi ne pourra plus participer à de nouvelles recherches. Les scientifiques souhaitent désormais reproduire ces expériences auprès d'autres grands singes afin de vérifier si cette aptitude est partagée au sein de l'espèce.

À l'image de la découverte de Jane Goodall sur l'utilisation d'outils par les chimpanzés, ces travaux pourraient conduire les chercheurs à revoir une nouvelle fois la frontière qui sépare l'homme des autres animaux, tout en renforçant les appels à mieux protéger ces espèces dont les capacités cognitives continuent de surprendre.