Le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a présenté, ce mardi 30 juin à l'Assemblée nationale, le rapport intérimaire de la Commission d'experts sur la réforme des pensions, présidée par Ashok Prayag. Ce document dresse un constat préoccupant sur la viabilité du système actuel et propose une refonte en profondeur du modèle mauricien de retraite.
Parmi les recommandations phares figurent le remplacement de la Basic Retirement Pension (BRP) par une State Age Pension modulée en fonction des revenus, puis l'instauration d'un système de retraite flexible permettant un départ entre 60 et 70 ans, ainsi que la création d'un nouveau régime contributif destiné à garantir la pérennité du système de pensions.
Le rapport de la Commission sur la réforme des pensions met en évidence les profondes mutations démographiques auxquelles Maurice est confrontée. La population, estimée à 1,243 million d'habitants aujourd'hui, devrait chuter à 930 956 d'ici 2064, tandis que l'âge moyen passera de 39,5 à 44,9 ans, traduisant un vieillissement accéléré. Les Mauriciens vivent également plus longtemps, avec une espérance de vie de 20 ans à partir de 60 ans, dont près de cinq années en moins bonne santé. Parallèlement, le nombre de travailleurs finançant chaque retraité est passé de 16 en 1962 à 4,7 aujourd'hui et pourrait tomber à 2,47 en 2064, compromettant la viabilité du système actuel de pension universelle.
La Basic Retirement Pension (BRP) a connu une hausse exceptionnelle, passant de Rs 3 623 en 2014 à Rs 16 000 en 2025, soit une progression de 341 % en valeur nominale et 196 % en termes réels après inflation. Elle représente désormais 93,3 % du salaire minimum national fixé à Rs 17 745, faisant de cette prestation non contributive l’une des plus élevées au monde.
Cependant, cette générosité pèse fortement sur les finances publiques. Les dépenses liées aux pensions atteignent 8,8 % du PIB, 33 % des recettes de l’État et 25 % des dépenses courantes. En dix ans, le coût de la BRP est passé de Rs 9,96 milliards à Rs 57,8 milliards, soit Rs 61,6 milliards avec la CSG, tandis que la dette publique a grimpé de 59,5 % à 87,4 % du PIB.
Le rapport met aussi en évidence de fortes inégalités de revenus chez les personnes âgées : près de 78,8 % gagnent moins de Rs 14 000 hors pension.
Face à cette situation, la Commission propose une réforme vers une State Age Pension modulée selon les revenus, avec maintien intégral pour les plus modestes et réduction progressive jusqu’à extinction au-delà de Rs 44 310. Elle recommande aussi une retraite flexible, avec pension réduite à 60 ans et bonifiée jusqu’à 70 ans.
Enfin, le FMI a, à plusieurs reprises entre 2021 et 2026, appelé à une réforme urgente pour garantir la viabilité du système.




