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Keshinee: Le 10/02/2026 à 07:37 | MAJ à 10/02/2026 à 07:42
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AIR MAURITIUS
Publié : Le 10/02/2026 à 07:37 | MAJ à 10/02/2026 à 07:42
Par : Manisha Jooty

Les liaisons aériennes entre Maurice et Rodrigues connaissent de sérieuses perturbations, révélant une nouvelle fois les fragilités structurelles et managériales d’Air Mauritius. La répétition de tels incidents sur la liaison Rodrigues–Maurice, combinée à l’indisponibilité chronique de la flotte, soulève des questions plus larges sur les conditions d’exploitation, les procédures d’approche, la formation des équipages et, surtout, la gouvernance globale de la compagnie.

La compagnie nationale a confirmé que ses opérations vers Rodrigues sont affectées par de sévères contraintes liées à la disponibilité de sa flotte ATR. Sur les quatre ATR 72 normalement affectés au réseau domestique, un seul est actuellement en mesure d’assurer les vols vers Rodrigues.

Résultat : rotations réduites, vols retardés ou annulés, et passagers contraints à l’attente, parfois sans visibilité claire sur la reprise normale du service.

Au-delà des perturbations ponctuelles, c’est la continuité territoriale et la sécurité des passagers qui sont en jeu. Les passagers, d’ailleurs, ont témoigné sur nos ondes… ils sont encore sous le choc…

Si Air Mauritius assure que ses équipes « suivent la situation de près » et que les passagers sont tenus informés via le centre d’appels, ces perturbations relancent un malaise plus profond : celui de la gestion de la flotte et des décisions stratégiques prises ces dernières années.

Selon des informations concordantes, la compagnie aurait récemment laissé partir un A330 loué à un coût mensuel d’environ 200 000 dollars américains, alors que le prix du marché pour ce type d’appareil avoisine aujourd’hui les 400 000 dollars. Une décision qui soulève de nombreuses interrogations : contrainte de trésorerie, oubli de renouveler le contrat de leasing dans les délais, ou simple erreur d’anticipation ?

Le lessor, DAE Capital, aurait en tout cas saisi l’opportunité pour placer l’appareil ailleurs à un rendement plus élevé. Dans le même temps, le remplacement progressif des anciens ATR 72-500 par des ATR 72-600 pose de nouveaux défis opérationnels.

Plusieurs professionnels du secteur alertent notamment sur les difficultés accrues en matière d’évacuation médicale depuis Rodrigues, un enjeu critique pour l’île autonome. À ces problèmes s’ajoute un nouvel incident technique préoccupant.

L’appareil immatriculé 3B-NCV, un ATR 72-600 exploité par Air Mauritius, a effectué ce dimanche un « hard landing » à Rodrigues. Il s’agit du deuxième atterrissage dur signalé sur cette desserte en moins d’un an, un fait qui interpelle et appelle à une vigilance renforcée.

Construit en 2016 (MSN 1323), l’appareil a connu un parcours classique pour un avion exploité en leasing international, ayant été successivement immatriculé au Danemark (OY-NZK) puis en Estonie (ES-ATL), avant une période de stockage à Toulouse entre octobre 2023 et novembre 2025.

Livré à Air Mauritius en novembre 2025, il opère aujourd’hui sous contrat de « dry lease », la compagnie assurant l’exploitation complète de l’appareil sous son propre certificat. Si l’âge relativement récent de l’avion n’est pas en cause, un atterrissage dur n’est jamais un événement banal. Il peut entraîner des contraintes structurelles significatives sur le train d’atterrissage et la cellule, nécessitant des inspections techniques approfondies avant toute remise en service.

Pour Rodrigues, fortement dépendante du transport aérien, chaque dysfonctionnement a des répercussions économiques, sanitaires et sociales immédiates. Une situation qui renforce l’urgence d’une remise à plat de la gestion de la flotte d’Air Mauritius, afin que la sécurité et la fiabilité redeviennent des priorités non négociables.