La Suisse, la France, l'Allemagne ou encore le Royaume-Uni évoquent généralement des paysages alpins, des températures agréables et un climat tempéré. Pourtant, ces derniers jours, l'Europe fait face à une vague de chaleur d'une intensité exceptionnelle qui bouleverse le quotidien de millions d'habitants et met à rude épreuve des infrastructures conçues pour résister au froid, et non à une chaleur extrême.
En l'espace d'une semaine, la canicule a déjà causé plus de 1 300 décès sur le continent. Les routes se déforment sous l'effet de la chaleur, les rails se gondolent, des incendies se déclarent et des millions de personnes cherchent désespérément à se rafraîchir. En France, 55 personnes se sont noyées après avoir tenté d'échapper à la chaleur en se baignant dans des rivières ou des plans d'eau.
Près de 190 millions des 740 millions d'Européens vivent actuellement sous des températures dépassant les 35 °C. Les records tombent les uns après les autres. En France, où les relevés météorologiques remontent à 1947, le mercure a atteint pour la première fois 44,3 °C. Un jeune homme est décédé sur une piste d'athlétisme à Paris, tandis qu'un enfant de 18 mois est mort après être resté enfermé dans une voiture. À eux seuls, les décès liés à cette vague de chaleur dépasseraient le millier.
La Pologne a enregistré 40,5 °C dans la ville de Słubice, battant un record vieux de 105 ans. En Allemagne, 41,7 °C ont été relevés à Cochem, où un incendie s'est déclaré dans une forêt contenant encore des munitions datant de la Seconde Guerre mondiale. Les trains dépourvus de climatisation ont dû être retirés de la circulation. Le Royaume-Uni a enregistré 36,1 °C, un niveau jamais atteint pour un mois de juin depuis 1976, tandis que le Danemark a connu sa journée de juin la plus chaude depuis 1874.
Une Europe mal préparée à la chaleur
Contrairement à l'Inde, où ces températures sont relativement fréquentes durant l'été, l'Europe n'est pas équipée pour y faire face. Les bâtiments ont été conçus pour conserver la chaleur en hiver. Les murs épais et les toitures métalliques retiennent désormais la chaleur, transformant les habitations en véritables fours, surtout lorsque les températures nocturnes restent élevées.
La climatisation reste également peu répandue. Alors que près de 90 % des logements américains en sont équipés, seuls environ 20 % des foyers européens disposent d'un climatiseur. Au Royaume-Uni, ce taux n'est que de 7 %. Même certains établissements de santé ne sont pas adaptés. En France, le gouvernement a débloqué en urgence 100 millions d'euros afin d'équiper les hôpitaux en systèmes de climatisation.
Autre facteur aggravant : le vieillissement de la population. Plus de 22 % des Européens ont aujourd'hui plus de 65 ans. Selon les autorités sanitaires françaises, 85 % des décès liés à cette canicule concernent cette tranche d'âge, dont une grande partie est décédée à domicile. En 2025 déjà, plus de 24 000 personnes étaient mortes en Europe à cause des vagues de chaleur.
Les spécialistes soulignent également que les journées estivales sont plus longues en Europe qu'en Inde. Le soleil y brille jusqu'à 16 heures par jour, contre 12 à 13 heures sur le sous-continent indien, augmentant l'accumulation de chaleur.
Le rôle du dôme de chaleur et du réchauffement climatique
Cette canicule exceptionnelle résulte de la combinaison de plusieurs phénomènes météorologiques. Un « blocage oméga », provoqué par une vaste zone de haute pression entourée de dépressions, empêche les courants d'air frais d'atteindre l'Europe. Les masses d'air chaud en provenance d'Afrique restent ainsi piégées au-dessus du continent.
Ce phénomène favorise ensuite la formation d'un « dôme de chaleur », véritable couvercle atmosphérique qui renvoie l'air chaud vers le sol et accentue encore les températures. En l'absence de nuages, le rayonnement solaire chauffe davantage les surfaces urbaines.
Les scientifiques estiment que le réchauffement climatique amplifie considérablement ces épisodes. Selon le groupe international World Weather Attribution, une telle vague de chaleur aurait été pratiquement impossible il y a un demi-siècle. Aujourd'hui, l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale.
Un répit de courte durée
Les météorologues prévoient une légère baisse des températures dans les prochains jours grâce au déplacement progressif du dôme de chaleur vers l'est. La France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni devraient bénéficier d'un répit temporaire. Mais cette accalmie pourrait être de courte durée. Une nouvelle vague de chaleur est attendue entre le 7 et le 10 juillet, avec des températures extrêmes en Espagne, au Portugal, en France, en Allemagne, dans le sud de l'Angleterre et le nord de l'Italie pendant six à neuf jours.
Les experts redoutent que ce second épisode soit encore plus intense. Les sols sont déjà desséchés, les infrastructures ont accumulé de la chaleur et l'humidité a fortement diminué dans les zones urbaines. Selon plusieurs prévisions climatiques, des températures supérieures aux normales pourraient persister jusqu'au mois d'août, avec un risque accru de sécheresse sur une grande partie de l'Europe.