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Yudhisen Mardaymootoo: Le 21/04/2026 à 16:38 | MAJ à 21/04/2026 à 16:39
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Publié : Le 21/04/2026 à 16:38 | MAJ à 21/04/2026 à 16:39
Par : Dooshina Appigadu

Interpellé à l’Assemblée nationale par le député Roshan Jhummun, le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a levé le voile sur l’ampleur des pertes enregistrées par SBM Bank (Mauritius) Ltd au cours de la dernière décennie. Au cœur de la question parlementaire : la participation de l’État dans SBM Holdings Ltd et le volume des prêts toxiques radiés entre 2014 et 2024.

Au 31 mars 2026, l’État mauricien détient 4,92 % du capital de SBM Holdings Ltd, soit une valeur marchande estimée à Rs 987 millions.

Les chiffres communiqués révèlent une hausse spectaculaire des créances irrécouvrables. Entre 2014 et 2024, la banque a procédé à des radiations cumulées d’environ Rs 14,34 milliards, contre seulement Rs 1,12 milliard sur la période 2004-2013.

En moyenne, les pertes annuelles ont atteint Rs 1,3 milliard sur les dix dernières années, soit plus de dix fois le niveau observé précédemment.

Selon le chef du gouvernement, cette dérive traduit « un effondrement des mécanismes de contrôle et de gestion des risques », évoquant même des actions délibérées ayant conduit à la dégradation des actifs de la banque.

Une part importante des pertes est concentrée sur quelques dossiers. Trois entreprises étrangères – NMC Healthcare, Pabari Group et Renish Petrochem FZE – totalisent à elles seules environ Rs 9 milliards de prêts accordés sans garanties suffisantes, soit près des deux tiers du montant total des créances douteuses.

Ces pertes ont lourdement affecté les performances de SBM Holdings. En 2019, le groupe n’a enregistré qu’un bénéfice de Rs 15 millions, contre Rs 2,7 milliards en 2013, marquant un plus bas historique.

Le Premier ministre a également évoqué des pratiques de prêt jugées laxistes, notamment l’octroi de financements sans garanties adéquates. Parmi les cas cités figure celui de Dhyanavartam Ltd, bénéficiaire d’un prêt total de Rs 1,4 milliard malgré une situation financière fragile.

Un prêt supplémentaire de Rs 470 millions accordé en 2024, en dépit d’un avis défavorable du comité de crédit, fait actuellement l’objet d’une enquête.

Entre 2014 et 2019, les décisions de crédit relevaient du Board Credit Committee, avant d’être transférées en 2020 au Management Credit Forum. Plusieurs responsables se sont succédé à la tête de ces instances ainsi qu’au poste de Head of Credit.

Le Premier ministre estime que le conseil d’administration « a failli à ses devoirs fiduciaires », notamment en matière de contrôle des risques et de protection des actifs de la banque.

Face à l’ampleur des pertes, la banque a engagé plusieurs actions : réalisation des garanties, procédures judiciaires locales et internationales, ainsi que restructuration de certaines dettes. À ce jour, environ Rs 2,6 milliards ont pu être récupérées.

Un dispositif d’enquête interne a été mis en place en mars 2026, avec le recours à des experts externes pour identifier les responsabilités et tenter de récupérer les fonds.

Le gouvernement affirme vouloir faire toute la lumière sur ces pratiques et poursuivre les responsables, y compris d’anciens dirigeants.

« Ces agissements ne resteront pas impunis », a insisté le Dr Navin Ramgoolam, dénonçant un système marqué par de mauvaises décisions de crédit, un manque de contrôle et une supervision défaillante durant les années concernées.