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Sahil Jeemon: Le 14/08/2026 à 18:31 | MAJ à 14/08/2026 à 19:19
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Publié : Le 14/08/2026 à 18:31 | MAJ à 14/08/2026 à 19:19

SBM Holdings affiche une amélioration de ses performances au premier semestre 2026 avec un bénéfice de Rs 3 milliards. Mais derrière ces résultats se joue un chantier autrement plus important : assainir l’héritage de plusieurs années de créances problématiques et transformer en profondeur l’une des principales institutions bancaires du pays. Pour y parvenir, SBM mise désormais sur un renouvellement des compétences à deux niveaux : dans la direction opérationnelle, mais également au sein de ses conseils d’administration.

Pour les six mois clos au 30 juin, le résultat avant charges liées aux pertes de crédit et impôts a progressé de 31,2 % à Rs 4,8 milliards. La rentabilité moyenne des capitaux propres atteint 14,9 %, le ratio d’adéquation des fonds propres 20,2 %, tandis que le ratio coûts/revenus s’améliore à 52,6 %.

Ces indicateurs sont encourageants. Ils doivent toutefois être replacés dans le contexte du lourd héritage du portefeuille de crédit de SBM.

Rs 14,34 milliards de prêts radiés en dix ans

Les chiffres communiqués au Parlement ont révélé que Rs 14,34 milliards de prêts ont été radiés par SBM Bank entre 2014 et 2024, contre Rs 1,12 milliard durant la décennie précédente. Environ Rs 2,6 milliards auraient depuis été récupérées, les procédures de recouvrement se poursuivant.

Trois importantes expositions internationales  NMC Healthcare, Pabari et Renish Petrochem FZE  représenteraient à elles seules environ Rs 9 milliards.

À fin 2025, SBM Holdings comptabilisait par ailleurs Rs 17,02 milliards de créances dépréciées brutes, contre Rs 14,58 milliards un an auparavant. Ce montant ne doit pas être additionné aux Rs 14,34 milliards de prêts déjà radiés, les deux chiffres correspondant à des réalités comptables et à des périodes différentes. Ils illustrent néanmoins l’ampleur du chantier d’assainissement.

Naikeny et Gua : de nouvelles compétences à la direction

C’est dans ce contexte que le renouvellement actuellement engagé prend tout son sens.

Vimal Naikeny, Acting Group CEO de SBM Holdings, conduit la transformation au niveau du Groupe. Son profil associe notamment expérience bancaire, banque centrale, technologie et transformation numérique.

À SBM Bank (Mauritius), Gervais Gua, fort de près de trois décennies d’expérience dans la banque, les marchés de capitaux, la gestion de patrimoine et les services financiers réglementés, a été confirmé comme CEO après avoir rejoint l’institution comme Chief Operating Officer en décembre 2025, puis assumé les fonctions d’Officer-in-Charge à partir de mars 2026.

La mise en place de cette nouvelle équipe n’a cependant pas été aussi rapide qu’attendu. Les nominations de Vimal Naikeny, Rundheersing Bheenick et de Gervais Gua ont connu des délais prolongés au niveau du processus réglementaire sous le précédent gouvernorat de la Banque de Maurice, alors dirigée par Rama Sithanen, sans que les raisons de cette attente aient été publiquement expliquées. Dans une institution confrontée à d’importants défis de transformation et de qualité des actifs, cette période d’incertitude autour de sa direction n’était pas sans importance. La clarification désormais intervenue permet à la nouvelle équipe de se consacrer pleinement au redressement et à la modernisation de SBM.

De nouvelles compétences déjà intégrées

Le renouvellement ne s’arrête toutefois pas aux deux principaux dirigeants. SBM a également entrepris de renforcer son équipe en attirant des professionnels expérimentés provenant d’autres grandes institutions bancaires.

Reshma Peerun Rajwani, en provenance d’AfrAsia Bank, a rejoint SBM comme Head of Financial Markets. Forte de plus de 18 années d’expérience dans les marchés financiers et la trésorerie, elle apporte une expertise supplémentaire dans un domaine stratégique pour le développement et la diversification des activités de la banque.

Sia Mangatha-Hasowa, en provenance de Standard Bank, a également rejoint le Groupe comme Group Chief People Officer. Son arrivée renforce un autre pilier essentiel de la transformation : le capital humain, avec pour enjeux le recrutement de nouvelles compétences, le développement des talents, la culture d’entreprise et l’accompagnement du changement.

Ces recrutements sont significatifs. SBM ne procède donc pas uniquement à un changement de dirigeants : elle constitue progressivement autour de la nouvelle direction une équipe dotée de compétences nouvelles et diversifiées, notamment dans les marchés financiers, la gestion du risque, la technologie, la conformité, le capital humain et la transformation organisationnelle.

La capacité de SBM à attirer des cadres provenant d’institutions importantes comme AfrAsia et Standard Bank peut également être considérée comme un indicateur de l’attractivité retrouvée de l’institution et de l’intérêt suscité par la nouvelle dynamique de transformation.

Punchoo et Bheenick : l’expérience de la Banque centrale au niveau des conseils

Le renouvellement des compétences ne concerne cependant pas uniquement l’exécutif. Au niveau de la gouvernance, SBM s’appuie sur deux anciens hauts responsables de la Banque de Maurice : Mahendra Vikramdass Punchoo à la présidence de SBM Holdings et Rundheersing Bheenick à celle de SBM Bank (Mauritius).

Mahendra Punchoo possède une longue expérience de banque centrale. Après près de 25 années passées notamment dans la recherche économique, l’analyse et les statistiques à la Banque de Maurice, il a accédé au poste de Second Deputy Governor.

Son parcours lui confère une connaissance approfondie du système financier, de la supervision bancaire, des marchés financiers, de l’environnement réglementaire et des mécanismes de gestion des risques — autant de compétences particulièrement pertinentes au moment où SBM doit renforcer sa gouvernance et la maîtrise de ses expositions.

À SBM Bank (Mauritius), Rundheersing Bheenick, ancien ministre des Finances et gouverneur de la Banque de Maurice de 2007 à 2014, apporte pour sa part une expérience directe de la stabilité financière, de la réglementation et de la supervision du secteur bancaire, ainsi qu’une vision macroéconomique des enjeux auxquels une institution de l’importance de SBM est confrontée.

La nouvelle architecture repose ainsi sur deux niveaux complémentaires : de nouvelles compétences exécutives pour transformer et moderniser la banque et, au niveau des conseils d’administration, une solide expérience institutionnelle pour encadrer cette transformation, renforcer les mécanismes de contrôle et exercer la vigilance nécessaire sur la prise de risque.

Le véritable test sera celui de la durée

SBM Holdings a parallèlement engagé une révision en profondeur de sa stratégie pour les cinq prochaines années, comprenant une revue des modèles d’affaires, une diversification des sources de revenus, un renforcement des synergies entre les différentes entités et la poursuite de la transformation technologique.

Les Rs 3 milliards de bénéfices du premier semestre constituent un premier signal positif. Mais le véritable test sera celui de la durée.

Il faudra notamment réduire les créances problématiques, récupérer les montants encore recouvrables, améliorer la qualité des nouveaux crédits et mettre en place des mécanismes de contrôle suffisamment robustes pour éviter la répétition des erreurs du passé.

Après une période marquée par des milliards de roupies de prêts radiés, SBM semble ainsi avoir fait le choix des compétences sur plusieurs fronts : une nouvelle direction, des spécialistes recrutés auprès d’autres grandes banques et, au niveau de la gouvernance, l’expérience de deux anciens hauts responsables de la Banque de Maurice.

La nouvelle architecture est désormais en place. C’est sur sa capacité à transformer l’amélioration actuelle des performances en un redressement structurel et durable que sera jugée la nouvelle SBM.