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Shane: Le 11/09/2026 à 11:16 | MAJ à 11/09/2026 à 11:18
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Publié : Le 11/09/2026 à 11:16 | MAJ à 11/09/2026 à 11:18
Par : La Redaction

Les 12 et 13 septembre, New Delhi accueillera le 18e sommet des BRICS avec une concentration exceptionnelle de dirigeants mondiaux. Xi Jinping, Vladimir Poutine, Masoud Pezeshkian, Cyril Ramaphosa, Abdel Fattah al-Sissi et Prabowo Subianto figurent parmi les chefs d’État attendus autour de Narendra Modi. Au-delà du poids diplomatique de cette participation, le sommet devra affronter des dossiers autrement plus délicats : la guerre impliquant l’Iran, la crise énergétique, les tensions entre membres, la réforme des institutions internationales, le commerce, le financement du développement et la réduction de la dépendance au dollar.

À deux jours de l’ouverture du sommet, les contours de la rencontre sont désormais beaucoup plus précis. Sous la présidence de l’Inde, les BRICS élargis vont réunir à New Delhi plusieurs des principales puissances du Sud global, dans un contexte international marqué par une fragmentation géopolitique croissante et par la guerre au Moyen-Orient.

Le président chinois Xi Jinping est annoncé en Inde pour ce qui constituera sa première visite dans le pays depuis 2019. Le président russe Vladimir Poutine sera également présent, tout comme le président iranien Masoud Pezeshkian, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi et l’Indonésien Prabowo Subianto.

Le sommet accueillera également plusieurs dirigeants de pays partenaires des BRICS. Sont notamment attendus le président biélorusse Alexander Lukashenko, le Kazakh Kassym-Jomart Tokayev, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul ainsi que le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Cuba, le Nigeria et l’Ouzbékistan devraient pour leur part être représentés par leurs présidents respectifs, Miguel Díaz-Canel, Bola Tinubu et Shavkat Mirziyoyev. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est lui aussi annoncé.

Le Brésil devrait toutefois être représenté par son ministre des Affaires étrangères, Mauro Vieira, à la place du président Luiz Inácio Lula da Silva. Les Émirats arabes unis devraient envoyer le prince héritier d’Abou Dhabi, Sheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al Nahyan, en remplacement du président Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan.

La guerre autour de l’Iran bouleverse le sommet

Si l’Inde avait initialement placé la résilience, l’innovation, la coopération et la durabilité au centre de sa présidence, la situation au Moyen-Orient a profondément modifié l’environnement dans lequel se déroulera le sommet.

La guerre impliquant l’Iran et les États-Unis, ainsi que ses répercussions dans la région, s’impose désormais comme l’un des dossiers les plus sensibles de New Delhi.

Selon Reuters, la question représente même un véritable test d’unité pour les BRICS. L’Iran est membre du groupe depuis 2024, tout comme les Émirats arabes unis. Or les relations entre Téhéran et Abou Dhabi se sont fortement détériorées après les attaques iraniennes ayant touché les Émirats, qui ont par la suite suspendu leurs échanges commerciaux et financiers avec l’Iran.

À New Delhi, les négociateurs des onze pays cherchent donc à trouver une formulation acceptable par tous pour la déclaration finale. La difficulté est importante, l’Iran pourrait souhaiter une position beaucoup plus ferme du groupe sur le conflit, tandis que d’autres membres chercheront à préserver un équilibre diplomatique.

Or les BRICS fonctionnent essentiellement par consensus. Sans compromis entre Téhéran, Abou Dhabi et les autres capitales, une déclaration commune sur le Moyen-Orient pourrait devenir extrêmement difficile à obtenir.

La crise touche aussi directement l’économie mondiale. Les perturbations dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les exportations pétrolières du Golfe, ont contribué à pousser le brut au-delà des 100 dollars le baril. Pour les grandes économies asiatiques dépendantes des importations d’énergie, dont l’Inde et la Chine, la question ne relève donc pas uniquement de la géopolitique : elle touche directement l’inflation, les coûts de transport, la sécurité énergétique et la croissance.

Xi Jinping en Inde : un sommet dans le sommet

L’autre rendez-vous majeur sera sans doute celui entre Narendra Modi et Xi Jinping.

La présence du président chinois constitue à elle seule un événement diplomatique. Xi ne s’est plus rendu en Inde depuis le sommet informel de Mamallapuram en 2019, avant les affrontements frontaliers de 2020 qui avaient profondément dégradé les relations entre les deux pays.

Depuis, New Delhi et Pékin ont progressivement rétabli certains mécanismes de dialogue, sans pour autant régler leurs différends territoriaux.

Les BRICS offrent précisément aux deux puissances un cadre dans lequel la coopération peut se poursuivre malgré les contentieux. Les relations sino-indiennes demeurent caractérisées à la fois par la concurrence stratégique, les rivalités frontalières et une interdépendance économique considérable.

La rencontre Modi-Xi sera donc observée bien au-delà du seul sommet. Une amélioration durable de leurs relations aurait des conséquences importantes pour l’ensemble de l’architecture géopolitique asiatique.

Vladimir Poutine aura également des discussions bilatérales avec Narendra Modi. Le dirigeant russe est attendu à New Delhi dès le 11 septembre, alors que plusieurs rencontres bilatérales sont programmées autour du sommet.

Commerce, énergie et chaînes d’approvisionnement

L’agenda économique restera néanmoins au cœur des travaux.

Les dirigeants discuteront du commerce, des investissements, du financement du développement et de la résilience économique, avec une attention particulière portée à la sécurité alimentaire et énergétique, à la santé, à la gestion des catastrophes et aux chaînes d’approvisionnement critiques.

Ces priorités correspondent à la ligne défendue par l’Inde durant toute sa présidence : faire des BRICS un instrument davantage orienté vers des résultats concrets.

New Delhi souhaite notamment que les économies membres renforcent leur coopération dans les secteurs technologiques, industriels et énergétiques et réduisent leur vulnérabilité face aux perturbations extérieures.

La question des chaînes d’approvisionnement est devenue centrale depuis les crises successives de ces dernières années. Semi-conducteurs, énergie, minerais stratégiques, produits alimentaires et infrastructures numériques sont désormais considérés comme des éléments de sécurité économique autant que de commerce.

La réforme de l’ordre mondial toujours en ligne de mire

Le sommet doit également revenir sur une revendication historique des BRICS : la réforme des institutions internationales.

Le groupe réclame depuis plusieurs années une représentation accrue des pays émergents dans les Nations unies, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

L’argument des BRICS repose en grande partie sur leur poids grandissant. Selon les chiffres repris par le ministère indien des Affaires étrangères, le groupe représente environ 49,5 % de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et 26 % du commerce international.

Depuis son élargissement, il rassemble des puissances majeures d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine. L’Inde cherche cependant à éviter que cette coalition soit présentée uniquement comme un bloc anti-occidental. New Delhi préfère promouvoir l’idée d’un ordre international plus multipolaire, dans lequel le Sud global disposerait d’une influence proportionnelle à son poids démographique et économique.

La dédollarisation, mais pas de monnaie commune

Autre sujet très observé : l’utilisation accrue des monnaies nationales dans les échanges commerciaux entre membres.

Plusieurs pays des BRICS souhaitent diminuer leur dépendance au dollar américain, notamment pour réduire les coûts de transaction, se protéger contre certains risques financiers et limiter leur exposition aux sanctions.

Cette évolution est déjà visible dans le financement du développement. En 2024, 43,5 % des financements approuvés par la New Development Bank avaient été libellés dans les monnaies des pays membres, principalement en yuan chinois et en rand sud-africain.

Il faut cependant distinguer cette tendance d’un projet de monnaie commune. Jusqu’à présent, les BRICS n’ont pas décidé de créer une devise unique comparable à l’euro. Le mouvement porte plutôt sur la multiplication des transactions bilatérales utilisant les monnaies nationales.

Un groupe plus puissant, mais aussi plus difficile à unir

C’est précisément tout le paradoxe de ce sommet.

L’élargissement a considérablement augmenté le poids politique, économique et énergétique des BRICS. Mais plus le groupe s’agrandit, plus les intérêts de ses membres deviennent difficiles à concilier.

La Chine et l’Inde restent des concurrents stratégiques. L’Iran et les Émirats arabes unis se retrouvent aujourd’hui en profond désaccord sur la guerre régionale. La Russie entretient sa confrontation avec l’Occident, tandis que plusieurs autres membres des BRICS cherchent parallèlement à préserver des relations économiques étroites avec les États-Unis et l’Europe.

Le véritable enjeu du sommet de New Delhi ne sera donc pas uniquement le nombre de dirigeants présents ou la longueur de la déclaration finale.

Il sera de démontrer que les BRICS élargis peuvent transformer leur poids considérable en capacité d’action collective.

À la veille de la rencontre, cette question prend une dimension particulièrement concrète, le groupe sera-t-il capable de trouver une position commune sur la guerre autour de l’Iran, tout en avançant simultanément sur le commerce, l’énergie, la finance, les technologies et la réforme de la gouvernance mondiale ?

Les 12 et 13 septembre, New Delhi accueillera ainsi beaucoup plus qu’un sommet annuel. La crédibilité même des BRICS comme force structurante d’un nouvel ordre multipolaire sera mise à l’épreuve.