À l’issue d’une rencontre avec la presse le lundi 30 mars, l’Ambassadeur de France à Maurice, Frédéric Bontems, a levé le voile sur les contours du prochain sommet France–Afrique, un rendez-vous diplomatique majeur qui marque un tournant dans les relations entre Paris et le continent africain.
Après près de sept ans d’absence, ce sommet signe un retour attendu, mais sous une forme profondément renouvelée. Coorganisé pour la première fois avec un pays africain anglophone, le Kenya, l’événement symbolise une volonté claire de sortir du cadre traditionnel des relations franco-africaines, historiquement centrées sur l’espace francophone.
L’orientation est sans équivoque : l’économie sera au cœur des échanges. « C’est un sommet très orienté sur l’économie, la jeunesse et les industries culturelles », a souligné son Excellence Frédéric Bontems. Cette priorité se traduira notamment par un forum d’affaires d’envergure réunissant près de 1 500 dirigeants d’entreprises, dont une majorité issue du continent africain. À la demande du président français Emmanuel Macron, seuls des décideurs de haut niveau – PDG et chefs d’entreprise – seront présents, afin de favoriser la conclusion de partenariats concrets et de projets d’investissement.
En parallèle, une forte mobilisation est attendue autour de la jeunesse, avec près de 500 jeunes Africains conviés, ainsi que des acteurs des secteurs du sport et des industries créatives, confirmant l’importance accordée aux nouvelles dynamiques économiques et culturelles.
Le sommet s’articulera en trois phases distinctes. Un pré-sommet, le 10 mai 2026, réunira environ 150 représentants de la société civile africaine et française, appelés à formuler des recommandations sur les enjeux démocratiques et les relations internationales. Le 11 mai sera consacré aux échanges économiques, avec le forum des CEO et plusieurs rencontres sectorielles. Enfin, le 12 mai marquera la séquence politique, avec la participation attendue de 30 à 35 chefs d’État et de gouvernement africains.
Au programme : discussions sur le financement du développement, la réforme de l’architecture financière internationale, les enjeux de sécurité globale, mais aussi des tables rondes thématiques sur l’agriculture, la santé, l’économie bleue et le numérique, incluant l’intelligence artificielle.
Maurice sera représenté au plus haut niveau par son Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam. Le pays pourrait également jouer un rôle de premier plan en coprésidant la table ronde dédiée à l’économie bleue, un secteur stratégique pour les États insulaires. Une vingtaine d’entreprises mauriciennes devraient par ailleurs participer au forum économique, illustrant l’intérêt croissant du secteur privé local pour les opportunités offertes par le continent africain.
Au-delà des enjeux économiques, ce sommet revêt une dimension hautement symbolique. Il devrait constituer la dernière grande initiative africaine du président Emmanuel Macron, qui entend dresser le bilan de près d’une décennie de politique africaine. Depuis son discours de Ouagadougou en 2017, le chef de l’État français n’a cessé de plaider pour une refondation des relations avec l’Afrique, fondée sur un partenariat d’égal à égal, moins centré sur les questions militaires et davantage orienté vers les échanges économiques, humains et culturels.
Ce sommet s’inscrit dans la continuité des initiatives récentes, notamment celles consacrées au financement des économies africaines et à la réforme du système financier international. Toutefois, ce rendez-vous intervient dans un contexte géopolitique marqué par des tensions et des recompositions. Certains pays africains, suspendus de l’Union africaine, ne seront pas invités, reflétant les fractures politiques actuelles du continent.
Dans le même temps, la France cherche à redéfinir sa place face à la montée en puissance d’autres acteurs internationaux en Afrique, notamment la Chine et la Russie. À travers ce sommet, Paris ambitionne ainsi de bâtir une relation renouvelée, fondée sur des intérêts partagés et une coopération renforcée dans des secteurs clés pour l’avenir du continent. Avec ce sommet, la France tente donc d’ouvrir une nouvelle page de son partenariat avec l’Afrique. Reste à savoir si cette dynamique saura répondre aux attentes d’un continent en pleine mutation et en quête de relations plus équilibrées.