Selon les observations du Committee Against Torture (CAT) des Nations unies, 48,7 % des détenus dans les prisons mauriciennes sont actuellement placés en remand, un chiffre jugé excessif et non conforme aux normes internationales en matière de droits humains.
Les Nations unies rappellent que la détention avant jugement doit demeurer une mesure exceptionnelle, strictement encadrée par la loi et limitée dans le temps. Or, à Maurice, ce taux élevé serait principalement lié à la lenteur des procédures judiciaires, à la multiplication des renvois et à l’insuffisance de recours aux alternatives à l’incarcération.
Dans son rapport, le CAT recommande un recours accru aux mesures alternatives, telles que la libération sous caution, la surveillance électronique, l’assignation à résidence ou encore les interdictions de déplacement. Ces mécanismes permettraient de réduire la pression sur le système pénitentiaire tout en respectant les principes de nécessité et de proportionnalité.
Le rapport met également en lumière des préoccupations persistantes concernant les conditions de détention. Des allégations de mauvais traitements, de violences policières et d’abus lors des interrogatoires sont mentionnées, de même que des cas d’aveux obtenus dans des conditions contestées. Entre 2018 et février 2025, l’Independent Police Complaints Commission (IPCC) a enregistré 7 674 plaintes, dont une majorité reste encore en attente de traitement ou d’issue judiciaire, soulevant des interrogations sur l’efficacité du mécanisme de contrôle.
Autre point sensible soulevé par le CAT : la question des décès en détention. Le comité demande que chaque décès fasse l’objet d’une enquête rapide, indépendante et impartiale, incluant des examens médico-légaux menés conformément au Protocole du Minnesota.
Le rapport évoque également certaines prisons, dont la Phoenix Prison, surnommée La Bastille, où des allégations graves ont été rapportées : passages à tabac, isolement prolongé, privation de sommeil, manque d’eau potable, de vêtements adéquats et restrictions des visites familiales. Le CAT s’interroge par ailleurs sur la séparation effective entre détenus en remand et condamnés, ainsi que sur l’utilisation encore limitée des alternatives à la détention.
Face à ces constats, le comité onusien exhorte les autorités mauriciennes à engager des réformes structurelles urgentes, à renforcer les ressources des institutions de contrôle et à accélérer les procédures judiciaires. L’objectif : garantir le respect des droits fondamentaux des détenus et aligner le système carcéral mauricien sur les engagements internationaux du pays.