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Keshinee: Le 04/01/2026 à 12:05 | MAJ à 05/01/2026 à 06:56
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Venezuela
Publié : Le 04/01/2026 à 12:05 | MAJ à 05/01/2026 à 06:56
Par : La Redaction

Ce que les États-Unis ont réellement à gagner

Une intervention américaine – directe ou indirecte – visant à soutenir la remise en exploitation du pétrole vénézuélien ne se lirait pas uniquement comme une opération énergétique. Elle constituerait avant tout un acte géopolitique majeur, redessinant les rapports de force entre Washington, Pékin et Moscou sur l’un des terrains les plus sensibles du XXIᵉ siècle : le contrôle de l’énergie.

Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde. Longtemps paralysé par les sanctions, l’effondrement de PDVSA et l’isolement diplomatique, le pays est devenu un espace stratégique occupé par la Chine et la Russie, à la fois créanciers, partenaires techniques et alliés politiques du régime en place. Une reprise de contrôle américaine – même partielle – bouleverserait cet équilibre.

Un coup porté à l’influence chinoise et russe
Pour la Chine, le Venezuela est un réservoir de sécurité énergétique à long terme et un actif géopolitique dans l’hémisphère occidental. Pékin a prêté des dizaines de milliards de dollars à Caracas, souvent remboursés en pétrole, consolidant ainsi un modèle d’“énergie contre financement” qui réduit la dépendance chinoise aux marchés dominés par l’Occident.

La Russie, de son côté, utilise le Venezuela comme point d’ancrage stratégique face aux États-Unis, à la fois politiquement, militairement et énergétiquement. Rosneft et d’autres entités russes y ont trouvé des relais leur permettant de contourner partiellement les sanctions occidentales.

Une intervention américaine remettrait en cause ces positions. Elle forcerait Pékin et Moscou à renégocier leurs créances, contrats et accès au brut, voire à accepter une perte sèche d’influence. En clair, Washington reprendrait pied dans une zone que ses rivaux avaient méthodiquement investie.

L’avantage stratégique des États-Unis
Contrairement à une lecture simpliste, l’objectif américain ne serait pas de “contrôler” le pétrole mondial, mais de reprendre la maîtrise de l’offre marginale, celle qui influence les prix, les routes commerciales et les équilibres de marché.

Le brut vénézuélien, majoritairement lourd, est particulièrement stratégique pour certaines raffineries américaines du Golfe du Mexique. En facilitant son retour sur le marché, les États-Unis :
  •   réduiraient leur exposition à d’autres sources à risque,
  •   affaibliraient les stratégies énergétiques adverses,
  •   et pèseraient indirectement sur l’OPEP et l’OPEP+, en introduisant une variable supplémentaire dans l’équation de l’offre.

À moyen et long terme, cela offrirait à Washington un levier de stabilisation – ou de pression – sur les prix, selon ses priorités économiques et politiques.

Donald Trump : une victoire politique et stratégique
Dans une logique trumpienne, cette opération serait présentée comme une double victoire.

Sur le plan intérieur, Donald Trump pourrait revendiquer :
  •   une baisse ou une stabilisation des prix de l’énergie,
  •   une défense des intérêts industriels américains,
  •   et un retour à une diplomatie de puissance assumée.

Sur le plan international, il s’agirait d’un message clair : les États-Unis ne laissent plus à la Chine et à la Russie le soin de redessiner seuls l’ordre énergétique mondial. Là où Pékin investit sur le long terme et où Moscou joue la confrontation, Trump privilégierait une stratégie de rupture rapide, visible et politiquement rentable.

Un pari à haut risque
Reste que cette stratégie n’est pas sans danger. Toute intervention au Venezuela comporterait un risque élevé d’instabilité, de résistance interne, voire de sabotage des infrastructures pétrolières. À court terme, le marché réagirait probablement par une hausse des prix, sous l’effet de la prime de risque géopolitique.

Mais si la stabilisation politique et la relance industrielle se concrétisent, l’effet à long terme serait clair : une réintégration progressive du Venezuela dans le circuit énergétique occidental, au détriment de la Chine et de la Russie.

Conclusion
Le Venezuela n’est pas seulement un pays pétrolier en crise. Il est devenu un nœud stratégique de la rivalité entre grandes puissances. En soutenant la reprise de son exploitation pétrolière, les États-Unis joueraient bien plus qu’une carte énergétique : ils redéfiniraient les lignes de fracture de la géopolitique mondiale, avec Donald Trump en chef d’orchestre d’un retour assumé à la realpolitik.